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Le grand défi de Maurice Kamto :

Imposer l'alternance politique au Cameroun. 

Le dirigeant de l'Opposition Maurice Kamto 

L'appel de l'opposant Maurice Kamto à des marches pacifiques le 22 septembre dernier contre le Régime du Président Biya, 88 ans d'âge et 38 ans au pouvoir, avait globalement suscité peu d'intérêt auprès des populations fatiguées de ces marches interdites constamment et qui ne mènent à rien. Mais il a donné lieu à une forte mobilisation des forces de l'ordre, la veille.

Dirigeant du principal parti d'opposition, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), M. Kamto  veut imposer à tout prix l'alternance politique dans son pays, ne pouvant, dit-il, compter sur un système électoral qu'il juge verrouillé et biaisé, ni sur Elecam, une Commission électorale complaisante, ni sur des institutions judiciaires de certification des élections à l'impartialité pour le moins douteuse, toujours selon cet ancien Ministre délégué à la Justice.

 A ce jour, son principal fait d'armes est d'être arrivé second aux dernières élections présidentielles d'octobre 2018 avec 14,23 % des suffrages exprimés. Il s'est donc auto-installé dans le fauteuil plutôt flatteur de chef de l'opposition. Fait-il réellement peur au Régime très centralisé et autoritaire du Président Paul Biya qui avait remporté, lui, cette échéance avec au total un score soviétique de 71,28 % pour son 7ème mandat de Sept ans à la tête du pays ?

La question mérite d'être posée, tant l'appel à des manifestations de rue "pacifiques" de ce sexagénaire perdu dans un monde d'octo-nonagénaires, issu de l'Ouest francophone, fief de l'ethnie Bamiléké, cet appel à descendre dans les rues le avait provoqué une grande excitation auprès des autorités et justifié la mise à contribution des unités de Police, de la Gendarmerie nationale et de l'Armée, pour bloquer tout mouvement de foule la veille. Un vrai branle-bas de combat chez les galonnés de la République! L'opposant a ainsi été jusqu'à début décembre 2020 "séquestré", selon son avocat, trois mois dans son domicile de Yaoundé encerclé depuis le 21 septembre par les forces de l'ordre. 

Qui a peur du Dr. Kamto ?

Il faut dire que l'opposant cherche la bagarre. Et semble n'avoir même pas peur. Joue-t-il volontairement les martyrs ? Ce qui peut sembler une stratégie surprenante, voire dangereuse, peut-être... Est-elle payante à terme ? Exemple : au lendemain de ce scrutin de 2018, il s'est proclamé tout net "Président  élu" du Cameroun. Sans crainte ni du ridicule ni des foudres du Régime. Un Régime qui pour sa part a ironisé purement et simplement sur ce "coup de com".

Les Camerounais avaient cru eux aussi à une bonne blague de ce cher Maurice !

En effet, on voyait mal ce sexagénaire certes bardé de diplômes, (Doctorat en Droit et Professeur d'Université, avocat connu à l'international il est vrai), mais ancien Ministre Délégué durant 8 ans à la Justice de Paul Biya, poste dont il avait démissionné avec fracas le 30 novembre 2011, on le voyait mal gagner des élections au sommet avec son piccolo parti MRC - né le 22 juin 2012 par simple changement de nom d'un ancien "Mouvement Populaire Républicain" qui disposait d'un unique... député sur 120 au Parlement depuis 2013.

De plus les présidents élus à qui "on" vole la victoire, il y en a pléthore en Afrique centrale et tout le monde s'en fout. "Les chiens aboient, la caravane passe", aimait à répéter feu Omar Bongo. Au Gabon précisément, il y a Jean Ping, Président élu qui végète depuis 2016 ; en RDC il y a Martin Fayulu ; au Congo-Brazza, il y a le général Jean-Marie Michel Mokoko qui broie du noir en geôle. En Afrique de l'Ouest, à Conakry Cellou Dalein Diallo vient de rejoindre le cortège. Victoires volées ou pas, seul Dieu reconnaîtra les siens. Quand aux Cours constitutionnelles qui statuent sur ces cas, elles donnent l'impression de pencher toujours comme la Tour de Pise, du bon côté, celui du pouvoir en place. Une simple impression...?

Paul Biya : le sphinx de Mvomeka'a reste serein : son trône n'est pas menacé.

Gagner des élections au nez et à la barbe de la puissante machinerie RDPC,(Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) demeurera probablement pour M. Kamto un rêve, les choses étant ce qu'elles sont aujourd'hui. Battre le grand parti majoritaire dominant et dont le président n'est autre que... le Président de la République soi-même, un parti-Etat de fait, bien implanté, enraciné depuis six décennies, un parti tentaculaire qui règne en maître sur la scène et la vie politique, économique et administrative du pays depuis 1958 (sous divers sigles : UC puis UNC puis RDPC) et qui dispose de moyens et d'un trésor de guerre conséquents. Ce parti a en effet pour ancêtre l'Union Camerounaise créée en 1958 par Ahmadou Ahidjo, alors Premier Ministre de l'Etat Autonome du Cameroun en place après la Loi Deferre de 1956. Un parti principalement cantonné dans sa seule région du Nord musulman, alors peu scolarisé. Devenu Président de la République indépendante le 1er janvier 1960, puis de la Fédération Camerounaise en 1961, Ahmadou Ahidjo change le nom de sa formation qui se transforme en un authentique Parti-Etat national, élevé au rang de parti unique en 1966 sous le nom d'Union Nationale Camerounaise (UNC). Il sert alors surtout de machine de propagande et d'enregimentement. Et il se bat contre le parti des Nationalistes, l'Union des Populations du Cameroun 'UPC) fondé par Ruben UM NYOBE, et pourchassé, précipité dans la clandestinité par le colonisateur français, depuis 1954 et traqué par les troupes et services secrets français envoyés au Cameroun pour le compte du Régime Ahidjo avec lequel des "accords secrets" avaient été signés. L'UNC a surtout pour mission de consolider le pouvoir despotique mis en place par Ahidjo, toujours avec l'appui et l'aide des services secrets français de Jacques Foccart, en vue de bâtir dans ce climat de violence anti-nationaliste, une "Nation" favorable à la France, une Nation faite de multiples ethnies (200 dit-on, en exagérant) que la France colonisatrice n'avait su  réunir ! L’adhésion à l'UNC est alors payante mais permet de bénéficier d'avantages, voire des vrais privilèges pour la ploutocratie des caciques, hiérarques, oligarques et autres barons cooptés dans les diverses ethnies. pour attirer et entretenir leur fidélité. Au contraire, les non-adhérents s'exposent à de multiples désagréments (tracasseries des services secrets locaux et nombreux contrôles de police et routiers ou dans les Administrations...). Les fonctionnaires ont obligation d’adhérer à l'UNC s'ils veulent faire carrière. Au contraire, prononcer seulement le nom de l'UPC peut vous valoir au mieux l'emprisonnement. Au pire, l'exil. L'administrateur colonial français Paul Audat qui fut très proche des dirigeants de l'UNC de l'époque ne dit pas beaucoup de bien de ce parti unique et ne mâche pas ses mots : "L'UNC a pour idéologue [le Camerounais] Samuel Kamé. C'est un ancien étudiant [africain en France] qui est devenu fasciste. Un fasciste mono-partiste, partisan du pouvoir absolu du chef de l'Etat [Ahmadou Ahidjo], parti qui était toujours très virulent contre les nationalistes de l'Union des populations du Cameroun (UPC)". Sic.

Successeur du "Père de la Nation" démissionnaire en novembre 1982 pour des raisons restées mystérieuses pour les non-initiés [Certes il y avait effectivement la tumeur cancéreuse d'Ahidjo qui s'aggravait et à laquelle il va succomber 7 ans plus tard. Mais Il n'est pas exclu qu'un nouveau Président élu en France en mars 1981, appelé François Mitterrand, avocat que Ahidjo avait expulsé du Cameroun alors qu'il venait plaider en faveur du nationaliste upéciste Ernest Ouandié, fusillé en 1970 à Yaoundé, y soit pour quelque chose !], le jeune Président Paul Biya cherche sincèrement à plaire, à faire bonne figure. Il veut rompre avec cette ligne dure, dictatoriale du parti unique. 

Connu pour sa compétence et son professionnalisme, mais discret technocrate, jusque-là sans ambitions politiques affichées (cela eût été plutôt risqué sous le régime d'Ahidjo) dans ses fonctions de Secrétaire Général à la Présidence puis de Premier Ministre à partir de 1975, ce natif de Sangmélima au Sud du pays - alors qu'Ahidjo était issu du Nord à 1000 Km - entend, en signe à la fois d'ouverture politique et de "Renouveau" de la démocratie camerounaise, mais peut-être aussi dans le but de "tuer le père" comme l'on dit, le nouveau Chef changera le nom du parti en Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au mois d'août 1985 après une violente crise avec son mentor pour prendre la tête du parti unique qu'Amadou Ahidjo entendait bien conserver quelque temps encore, histoire de continuer à peser de tout son poids sur la gouvernance. Changement non-cosmétique, donc, en 1985.

Le nouvel Homme fort va aller plus loin encore, quelques années plus tard, poussé sans doute par le vent démocratique, vent qui souffle depuis la fin de la Guerre froide et l'écroulement du système soviétique en URSS, ce Vent de l'Est qui verra la destruction du Mur de Berlin et la libération de Nelson Mandela. Paul BIYA parle alors de "démocratisation, d'ouverture. Ce qui plaît aux foules. Il va déclarer le multipartisme en 1992 à la suite des "Villes mortes" de 1990/91 et de la fameuse Conférence Tripartite de Douala en 1991 que les populations avaient exigée pour plus de démocratie et de Justice, à défaut de "Conférence nationale souveraine" comme dans les autres pays africains.

Hélas toutes ces bonnes idées ne figureront pas dans la nouvelle constitution promulguée en 1996. Celle-ci, fortement présidentialiste sur le modèle gaulliste français, est taillée sur mesures par de brillants constitutionnalistes, trop "bien intentionnés" et divers docteurs en Droit du cru. En 1998 on va gommer purement et simplement le verrou des deux mandats pour ouvrir la voie à un égrenage illimité de mandats à la tête du pays, histoire de laisser le privilège à qui est vraiment boulimique du pouvoir ou qui tient à le confisquer, la félicité de mourir en habit de Chef d'Etat. Comme on l'a vu en Côte d'Ivoire pour feu Félix Houphouët-Boigny, mort plus de 90 ans en 1993. Idem pour Gnassingbé Eyadema, le Togolais, décédé en février 2005 et Omar Bongo Ondimba du Gabon, mort en 2009. Par contre, le vibrionnant Maréchal zaïro/congolais Mobutu Sese Seko (né Joseph-Désiré), élu président à vie, n'a pas eu ce privilège, ni Habib Bourguiba, Président "à vie" lui aussi, de la Tunisie, ni encore moins "l'Empereur" Bokassa de Berengo en Centrafrique, également "auto-désigné" président à vie.

Enfin la durée du mandat est créditée de deux années supplémentaires, soit sept ans au lieu de cinq seulement ! Pourquoi se priver ? Et les présidentielles deviennent une élection à un seul tour. L'élection à un tour fait faire des économies budgétaires à un pays en voie de développement, clament fièrement les rédacteurs de cette Loi fondamentale. Les bonnes âmes ! Mais l'on sait qu'elle a surtout une vertu cardinale, celle d'ôter toute possibilité de coalition aux oppositions pour l'emporter au second tour. Et ça, ce n'est pas négligeable pour confisquer le pouvoir ! On ajoute à cela que le RDPC est présidé par le chef de l'Etat en personne avec un système électoral élaboré par l'Etat et l'organisation au pouvoir et intégrant des organes et institutions judiciaires désignés par le Président (Commission électorale Elecam, Cour Constitutionnelle, Cour de Cassation, etc) dont les membres sont adhérents du parti au pouvoir. C'était probablement cela le progressisme dans les années 1996-2000. Disons qu'aujourd'hui, année 2021, la notion de progressisme est très différente. Ainsi que celle de séparation des pouvoirs. Mais cela est une autre histoire.

Le Président Paul BIYA, 88 ans dont 39 au pouvoir, savoure
ses victoires et feint d'ignorer son téméraire adversaire...

Sans forcément mettre en cause l'intégrité des juges et des cours constitutionnelles africaines, on sait que tout Etat - sous-développé ou industrialisé, africain ou non - dispose de nombreux et divers moyens pour influencer, voire manipuler... les résultats d'élections (achat des consciences, corruption des élites, nominations orientées, promesses de postes, cadeaux, cartons de poissons, sacs de riz et autres bouteilles de bon vin et d'alcool distribués, etc... L'arsenal est pléthorique. Plus flagrante, on a vu en novembre/décembre 2020 ce que le Président Donald Trump a mis en branle pour rester à tout prix à la tête des USA : nomination d'une magistrate conservatrice Républicaine (de son bord) à la Cour Suprême à deux semaines des élections présidentielles ! Trump avait déjà à l'esprit, en cas de contestation des résultats, d'aller jusqu'à la... Cour Suprême précisément où 4 juges sur 7 sont des Conservateurs, proches de lui.

Quoi qu'en dise Maurice Kamto, personne ne peut raisonnablement imaginer que le RDPC ait pu se laisser laminer dans une élection hautement stratégique par un micro parti sans moyens, sans fric. Alors M. Kamto pouvait toujours se proclamer "président élu" si ça l'amuse... et amuse la galerie. L'abondance de présidents victimes de vol électoral ne nuit que si l'on s'en sert. Mais comme ce type de président ne sert strictement à rien, ce n'est pas gênant d'en avoir. On le laisse gentiment crier. Cela a un côté "démocratique", un opposant qui chahute. Mais le fait que le dirigeant du MRC soit arrivé en tête dans la Région très populeuse du Littoral (Douala) avec 38,60% des voix devant le sortant Paul Biya, 35,75% seulement, malgré la "force de [sa très longue] expérience" est certes un épiphénomène, la population de cette zone étant majoritairement originaire de l'Ouest comme M. Kamto, (il y a toujours une lecture ethnique des votes au Cameroun). Mais cela a sans doute donné à refléchir aux hiérarques et penseurs du RDPC. Il faut croire que cela a également donné des idées à Maurice Kamto. L'impatient n'arrête plus de pilonner la forteresse d'Etoudi, siège du pouvoir semi-centenaire de Paul Biya dont le septième mandat de 7 ans en cours expire fin 2025 ! Va falloir se montrer patient, cher Monsieur K !

Critiquant le système électoral et les institutions de certification des élections - ce qui est un droit généralement reconnu, dans le monde entier, à l'opposition - le leader du MRC oublie simplement qu'il est lui-même un fils du système qu'il pointe du doigt aujourd'hui. Il est issu de ce microcosme (macrocosme ?) politique. Ministre délégué à la Justice de 2004 à 2011, il connaît bien, de l'intérieur, les arcanes de cette grade administration qui est la Justice, Troisième Pouvoir de la République. S'il ne fait pas confiance aux institutions judiciaires et ses organes (la Commission électorale Elecam, la Cour Suprême, la Cassation, la Cour Constitutionnelle..., des juridictions prestigieuses (où sont généralement recyclés vers l'âge de 75/85 ans, les membres du gouvernement, membres bien sûr du RDPC et des petits partis satellites, après 25 ou 30 ans de fauteuils ministériels), il sait certainement pourquoi. Pendant huit ans comme ministre, il s'est tû. Il n'a pas parlé. Il n'a rien dévoilé. S'il demande également la réforme de tout le système et du processus électoraux  (présidentielles à un seul tour, etc), il sait de quoi il parle. Mais pourquoi, une fois de plus a-t-il attendu une décennie pour dénoncer ce système ? Pourquoi n'a-t-il jamais pensé à réformer, à optimiser ces institutions quand il était aux manettes de la Justice ? Le système électoral camerounais, comme partout en Afrique centrale, ne peut se prévaloir de la perfection, c'est sûr. Il semblerait même plutôt verrouillé pour garantir la victoire indéfinie d'un seul camp, le camp dominant. M. Kamto en a une connaissance et une conscience approfondies, dit-il régulièrement. Il fut un militant doué ou zélé du RDPC au point d'en gravir rapidement les échelons et mériter un portefeuille de Ministre, avec un salaire équivalent à 150 fois le Smic qui est inférieur à 60 euros (40 000 F Cfa) ! Ce n'est pas donné à tous les quidams des matitis camerounais. (En même temps il méritait bien une petite récompense après avoir conduit avec succès à la Haye la délégation de son pays concernant le conflit frontalier qui opposait le Cameroun au Nigeria sur la presqu'île pétrolière de Bakassi). 

Aujourd'hui, le champion de l'opposition est bien décidé à faire bouger les choses, sinon les changer ; à rompre avec l'immobilisme qu'il croit constater au sommet de l'Etat, à 5 ans de la prochaine présidentielle en 2025. Le chronomètre est lancé ! 

En prenant des risques ? Il a donc décidé de secouer le Sphinx de Mvomeka'a. Et ça, c'est un cassus belli belli contre le titanesque RDPC et ses oligarques. En tout cas, l'opposant ne se dégonfle pas et se montre très offensif. Il ne se prive pas d'envoyer des ultimatums et des piques à la Présidence. Régulièrement. Il bombarde ainsi le locataire du Palais d'Etoudi dont il traite le régime d'"illégal et illégitime" toutes les semaines, à travers les réseaux sociaux, l'intimant d'agir ou de "dégager" purement et simplement du fauteuil présidentiel. Le sommant de mettre en place un véritable plan de lutte contre la pandémie Covid 19 avec des mesures concrètes, ciblées et efficaces, de faire stopper cette guerre fratricide dans les deux régions anglophones (NO-SO) et chasser les djihadistes de Boko Haram qui tuent impunément dans l'Extrême-Nord. Enfin il conditionnait la tenue des toutes premières élections régionales prévues dans la fameuse constitution progressiste de 1996 [Elles n'ont eu lieu pour la première fois que le 06 décembre 2020, alors que la Décentralisation date de 1996 ! Soit 24 ans de retard ! Il n'est jamais trop tard, dit une chanson camerounaise des années 60 d'André-Marie Talla] à ... la fin de la Crise anglophone et la révision de la Loi électorale. Les Régionales ont eu lieu le 06 décembre 2020 et tout naturellement le RDPC a une fois de plus raflé la mise, gagnant 9 des 10 Régions en jeu. La 10eme revenant à un petit parti satellite, l'UNDP. Décidément, on ne se refait pas ! C'était couru d'avance, clame ce cher Maurice, qui, pourtant avait décidé de boycotter.

Les imprécations et rodomontades de l'opposant, à défaut d'impressionner vraiment le Chef de l'Etat qui se drape comme toujours dans un silence de sphinx et dont les apparitions publiques deviennent de plus en plus rares malgré qu'il semble avoir bon pied bon oeil, ont au moins un résultat immédiat : provoquer l'ire ou ce qui ressemble à de la panique dans le camp des hiérarques et oligarques, pourtant confortablement installés, du RDPC. En effet, le Régime s'appuie depuis 38 ans sur ce parti omniprésent dans tous les rouages et structures politiques et administratifs et de la Nation. Le Chef de l'Etat en est également le Président en exercice depuis 1985, comme on l'a vu plus haut. Cela peut donner lieu, de plus en plus, à des interrogations, des confusions voire des frustrations, dans la société camerounaise. Est-il d'abord le président du RDPC qu'il veut naturellement maintenir au pouvoir pour toujours ou le Président de l'ensemble des Camerounais ? Question !

En tous cas, les interlocuteurs autoproclamés qui donnent de la voix pour répliquer à ce leader de l'opposition se recrutent parmi les membres imminents du parti au sommet. En premier le très actif ministre de l'Administration Territoriale Paul Atanga NJi, issu d'une richissime et puissante famille de chefs traditionnels de l'Ouest anglophone (près de Bamenda, North-West). Véritable petit soldat du Régime, en tant qu'ancien responsable du Conseil de sécurité à la Présidence et adepte évident d'une rhétorique très guerrière, il bombe le torse et montre les pectoraux, promettant un sort d'Apocalypse à l'avocat de Bafoussam chaque fois que celui-ci menace de faire descendre les populations dans la rue.

A côté de lui, le Secrétaire général adjoint (troisième personnage) du Comité Central du du parti dominant, qui officie en également comme Ministre du Travail depuis un bon bout de temps (plus de deux bonnes décennies), Grégoire Owona se montre quant à lui moins belliqueux, disons plus politique, tout en faisant entendre régulièrement sa voix contre l'ex-confrère Maurice Kamto.

Tandis que l'enseignant Jacques Fame Ndongo, Ministre d'Etat à l'Enseignement Supérieur, grammairien émérite, Docteur ès Littérature africaine,... (et j'en passe), journaliste de métier formé à la fameuse école de journalisme de Yaoundé, l'ESIJY, dont il fut par la suite le Directeur, et hiérarque de haut niveau du parti RDPC en sa qualité de Secrétaire chargé de la Communication (la liste est longue...), se gargarise dans un ton très doctoral et une érudition de latiniste, pour vouer aux gémonies cet opposant venu de l'Ouest et qui fut son collègue Professeur dans l'Enseignement Supérieur dans une autre vie, puis au gouvernement, il y a quelques années. Comme le temps passe !

Rangé parmi ceux qu'on appelle ici affectueusement les "quatre dinosaures"(1) du gouvernement - ceux qui ont dépassé allègrement 20 ans comme ministres - plutôt grand amateur de polémiques comme d'autres sont amateurs de "bonne chère", (il envoie des piques, régulièrement dans les réseaux sociaux, à des écrivains, intellectuels et journalistes camerounais expatriés avec lesquels il se livre à de joutes épistolaires) M. Fame Ndongo affirme, inébranlable, que "Le RDPC attend le MRC dans les urnes et non dans la rue" et le convie à "un débat en mondovision pour évoquer, de manière contradictoire, sans tabou les sujets de l’heure : faits contre faits, chiffres contre chiffres, dates contre dates, idées contre idées, bilan contre bilan, projets contre projets et vision contre vision ». Vaste programme, s'il en fût, de comparer "bilan contre bilan" un parti historique détenant le pouvoir depuis 62 ans et une petite formation née il y a moins d'une décennie et qui n'a jamais gouverné ! Le ministre d'Etat camerounais, "patron" du RDPC à Ebolowa dans sa Région natale du Sud où il officie également comme Chef traditionnel de son village (touristique) de Nkolandom et qui vient de fêter ses 70 berges, a décidément le sens de l'humour! Il en faut bien pour vivre dans ce monde de "Dingues" en plein 21eme siècle. Mais, il sait parfaitement que la démocratie peut emprunter aussi la voie de la... RUE, sans intermédiation, sans passer par les Palais de la République. C'est le peuple qui décide du chemin. Il est le seul détenteur du pouvoir suprême. Pas un Parti politique, aussi dominant, soit-il.

Photo : M. Jacques FAME NDONGO, l'un des 4 Ministres d'Etat camerounais,
sanglé dans une somptueuse jaquette à l'effigie du Président Biya.
 

Le porte-parole du gouvernement, Ministre de la Communication René Emmanuel SADI, ancien Secrétaire général du Comité central du RDPC, poste qu'il a occupé très longtemps, vient parfois en renfort pour appuyer de manière officielle, solennelle, que l'opposant Kamto aura bientôt le sort qu'il mérite, puisque son plan de "marches pacifiques" est en fait, selon le ministre, un appel à la rébellion, à la révolution, visant rien moins que le renversement pur et simple du Lion, le Président de la République. Rappelons que Maurice Kamto a déjà fait plusieurs mois de prison en 2019 suite à des manifestations de rue que le gouvernement l'avait accusé d'avoir fomentées ... Ce qu'il a rejeté pour sa part.

En réalité, il y a, au sein du parti majoritaire gouvernemental camerounais des conservateurs, voire des faucons, et des progressistes. Et c'est le Président qui doit gérer tout ce monde.

Pour les Conservateurs, l'unité nationale dans ce grand pays (aussi étendu que l'Hexagone français) traversé par des divisions ethniques bien réelles et de plus en plus exacerbées (tentative de sécession dans la zone anglophone,...) requiert un pouvoir unificateur fort, voire autoritaire et centralisé pour tenir LA Nation. Pour eux la démocratie libérale à l'européenne avec élections (transparentes) à tout-va est un jeu dangereux,  tout comme l'alternance identifiée comme instabilité. La preuve : ces fréquentes manifestations de rue et ces révolutions de la faim et du chômage. Donc, l'ordre et la stabilité doivent primer. Point final.

Pour les Réformateurs et autres progressistes par contre (il y en a...!), les coups d'état de 1983 et les villes mortes de 1991 sont loin derrière. Il faut sortir de cette logique défensive, apporter un vrai bol d'air. Et ouvrir la voie à une démocratie camerounaise "nouvelle", partageuse, dans un pays où les moins de 35 ans représentent 75% de la population. Faire vivre une démocratie progressiste, celle que le Peuple attend, plus de 60 ans après sa Libération du joug colonial. Inutile de fermer les yeux devant l'évidente érosion, l'usure inéluctable de tout pouvoir en place depuis trop longtemps (38 ans en plus des 25 ans des 5 mandats de la dictature Ahmadou Ahidjo), devant l'obsolescence d'une gouvernance qui semble ignorer la souplesse et le mouvement, et où l'absence de renouvellement des élites et cadres politiques est tout simplement effarante ! (Ex : un ancien Premier Ministre de 1982 est aujourd'hui encore, 38 ans après, Ministre d'Etat, chargé de... Chut, faut pas balancer) et du discrédit que lui font courir les très nombreuses affaires de malversations et détournements de la richesse nationale et d'argent public, de prévarication, de népotisme dans la haute Administration et les grandes entreprises publiques, etc, imputés à des cadres et hauts responsables payés grassement, parfois très proches du Chef de l'Etat. Le dernier exemple en date est M. Alain Mebe Ngo'o, ancien ministre de la Défense, considéré comme le "fils politique", "l'héritier", de Paul Biya, soupçonné [nous disons bien "soupçonné" car l'affaire n'est pas encore jugée définitivement] d'avoir détourné un faramineux magot de 20,39 milliards de F.CFA, soit 31 millions d'euros de rétro-commissions et autres surfacturations, en moins d'une décennie !) Le Président n'hésite pas publiquement à frapper très fort en les envoyant directo au gnouf, à la fameuse prison de Kondengui à Yaoundé où la densité d'anciens ministres au mètre/carré est tout simplement stupéfiante. Il y a mieux : un ancien Premier Ministre dont le rôle exact dans une malversation concernant l'achat d'un avion de commandement pour le Président de la République est resté impénétrable. C'est également le sort exemplaire, réservé à l'ancien ministre de la Défense cité ci-dessus. Et de sa charmante épouse qui pour sa part n'aurait délesté l'Etat que de 10 milliards CFA (15 millions d'euros. (On fait les poches de l'Etat, quoi !) Grave quand on constate que les 3/4 des Secrétaires Généraux qui sont passés à la Présidence de la République, hiérarques de poids du parti majoritaire, sont coffrés aujourd'hui essentiellement pour détournements d'argent public, malversations financières et végètent en prison ! Si bien qu'une partie de la population a tendance à s'interroger sur la réalité et le niveau du contrôle que le Chef de l'Etat exerce aujourd'hui sur la gouvernance du pays et sur ses tout-proches collaborateurs. Mais, les progressistes comme dans tout jeune pays, n'osent aller très loin, pour ne pas mettre en danger la cohésion du Parti... Sachant que la vraie transition démocratique doit être "participative". C'est-à-dire s'orienter vers une réelle volonté de partage du pouvoir à travers des institutions publiques et privées à l'intégrité hors de tout soupçon, pour permettre à chaque tendance de trouver sa place et de faire entendre sa voix. Sinon, l'immobilisme et l'égoïsme (accumulation des richesses et privilèges par une minorité) risquent de l'emporter et conduire,  peu à peu, insidieusement mais inexorablement, vers une crise généralisée de gouvernance du pays qui va nourrir, soit l'autoritarisme et la corruption exacerbée chez les privilégies, soit des réactions de fronde, de populisme, de repli ethnique chez ceux qui se sentent écartés du pouvoir depuis des décennies ou du partage des richesses nationales, ceux qui se sentent abandonnés à la périphérie, surtout les jeunes frappés par le chômage, le désespoir et la perte de repères.

Résultat, les efforts certains engagés par le gouvernement en matière de lutte contre le chômage par exemple - recrutement de 25 000 jeunes fonctionnaires effectué depuis 2010, politique des grands travaux lancée en 2011 afin d'embaucher beaucoup de non-diplômés comme ouvriers et employés dans les multiples chantiers - ou de projets de développement économique et d'aménagement du territoire tels que le Port en eau profonde de Kribi, (désormais partiellement en service ), les nombreuses routes nationales et autoroutes bitumées ou en cours de construction ou de réhabilitation, l'édification de plusieurs stades pour la CHAN prévue en janvier 2021 et la CAN en 2022, les grandes infrastructures énergétiques (six importants barrages hydrauliques en cours : Lom Pangar sur la rivière Lom, Memvélé sur le fleuve Ntem, Natchigal sur le fleuve Sanaga, Mekin, etc), sont appréciés plutôt sous le signe de la défiance. Et pourtant c'est considérable, malgré les diversions dse sommes dues à la corruption.

Et le Renouveau démocratique ?
Il est loin le temps où le jeune Président Paul Biya exerçait une véritable fascination sur les Camerounais à son arrivée àla tête du pays en novembre 1982. Ceci après 20 ans d'une guerre (Régime Ahidjo contre les Nationalistes de l'UPC) à laquelle l'armée française a participé activement jusqu'à la fin des années 70. Le nouvel homme fort est titulaire de nombreux diplômes, (dont un Doctorat en Droit Public, de la Sorbonne à Paris). Il est un des rares diplômés Noirs de Sciences Politiques dans les années 60 [Institut d'Etudes Politiques -IEP- de Paris, promotion 1961. [Etant moi-même de la promotion juillet 1971, j'ai bien trouvé son nom dans l'Annuaire des anciens élèves diplômés]. A l'époque, le jeune Président Biya, toujours habillé d'un strict costume occidental, marié à une charmante jeune femme et père d'un petit garçon Frank Emmanuel, est le Kennedy du Cameroun, succédant à l'austère et bougon Ahmadou AHIDJO et ses longs boubous... blancs de chefs traditionnels nordistes.

Mais l'élan de modernité démocratique et les effets que déploie le nouveau Chef qui parle de Renouveau, de Moralisation de l'Etat, de Rigueur dans la gestion de la richesse nationale, contrarie le démissionnaire Père de la Nation qui y voit une critique voilée de son règne. Cet élan est frappé, dans la seule année 1983 par trois tentatives de coups d'état, puis un vrai golpe à la sud-américaine qui faillit emporter le nouveau Régime via un vrai bain de sang. Paul Biya qui entendait aller vers une gouvernance aérée, souple, plus démocratique, plus partageuse et plus inclusive à laquelle de nombreux Camerounais adhéraient, se heurte à l'hostilité brutale de l'ancien Président qui demeure aux commandes du Parti unique UNC et qui ne cache pas sa colère face à cet héritier qui veut jouer les plus démocrates que lui, à l'européenne. Surtout, il y a les états d'âme des apparachicks et de la Nomenklatura orphelins du démissionnaire. Parmi eux, les grands notables et riches commerçants du Nord qui se rebiffent parce qu'ils perdent leurs privilèges avec cette "Rigueur" appliquée par le jeune Président (fin marchés attribués à sans appel d'offres, fin des importations hors douane de marchandises destinées à la vente, fin de l'utilisation de véhicules de l'Etat à des fins personnelles, etc).

S'en suivra une première tentative de coup d'état en mai 1983, puis une seconde un mois à peine plus tard le 18 juin 1983. Nouvelle et troisième tentative en août 1983. Attribuée à des très proches de l’ancien président Ahidjo, cette nouvelle action sonne la rupture définitive et déclenche la guerre entre l'héritier et son mentor. Et comme un bienfait n'arrive jamais seul, le vrai coup d'état éclate au mois d'avril 1984. Les déclarations malheureuses d'Ahidjo lui-même depuis la ville de Grasse en France où il se trouve en exil doré volontaire donnent à penser que, s'il ne l'a pas fomentée, il était pour le moins très informé de cette menace sur le Régime de son successeur. Le coup a été conduit par l'ancienne garde prétorienne d'Ahidjo, composée à 90% de Nordistes, une garde présidentielle que Paul Biya avait voulu conserver en signe d'union nationale. Dès lors celui-ci se sent réellement menacé et prend conscience qu'il pourrait être emporté... On change et on restructure la Garde présidentielle et l'Armée nationale. Le Régime se protège désormais, se barricade dans une forteresse virtuelle, enclenche la défensive et verrouille. Les "Villes mortes" des années 90-91, manifestations de rues violentes qui ont fait plusieurs morts, viennent accentuer ce qui deviendra bientôt une obsession : la sécurité et la survie du Régime, la stabilité politique du pays et la longévité du système.

Alors à quoi joue Maurice Kamto dans ce schmilblick ?

On pourrait croire que l'opposant entend d'ici 2025, fin du mandat présidentiel en cours, apparaître comme la seule alternative crédible de l'opposition devant l'exigence d'alternance politique, et devant les autres petits partis d'opposition que sont le Social Democratic Parti (SDF) de John FRU NDI, dirigeant anglophone qui aujourd'hui a pris de l'âge, et le plus novateur le parti du "jeune" leader Cabral LIBII li NGUE, tout juste 40 ans, noyé dans un monde d'octogénaires, et arrivé troisième à la présidentielle de 2018. Mais qui a raté totalement la compétition des premières Régionales du 06 décembre dernier (2020).

D'autre part l'activisme du chef MRC lui permettrait peut-être de voir sortir du bois le prétendant à la succession de Paul Biya que tout le monde attend. Dans la Majorité comme dans l'Opposition. En effet, le Président pourrait laisser la place à 92 ans en 2025. A moins qu'il se (re)-représente comme R. Mugabé à 92 ans pour terminer un 8eme septennat presque centenaire... Par contre, d'aucuns rêvent qu'il parte au cours de son mandat actuel et investisse un héritier contre qui Maurice Kamto devrait ferrailler dans un scrutin anticipé ?

L'ancien Ministre délégué à la Justice aimerait bien connaître son futur adversaire post Biya. Avec ses manifestations de rue il voudrait incarner aussi le meneur de la société civile, la majorité dite silencieuse, celle qui ne se reconnaît dans aucun parti politique, celle qui n'a pas de voix à l'Assemblée nationale à 90% RDPC et affiliés, 2% opposition et 0% MRC, ni au Sénat à 93% RDPC et affiliés et 0% MRC, et qui veut prendre la parole pour exprimer ses difficultés, ses frustrations, ses malheurs... à défaut de le faire au Parlement. La démocratie ne saurait être uniquement "représentative", avec des élections incontrôlables gagnées par les mêmes partis politiques dominants, avec des institutions complexes et des parlements à 99% monocolores. La démocratie n'est pas que cela. La démocratie est aussi directe et participative. Le Peuple seul souverain doit pouvoir dire, directement, sans intermédiation, ses inquiétudes, ses peurs, ses misères et ses attentes. Sans interdits. Parfois dans le rue, sans passer par des élus qui sont corsetés dans le discours politique et social dominant (investis par le RDPC ils sont loyaux et tiennent à leur réélection). Ils vivent dans l'aisance matérielle, sans être toujours sensibilisés à la misère des bas-quartiers.

Réfugiés camerounais anglophones arrivant au Nigeria...

En attendant, le leader de l'opposition ne fait pas profil bas. Il a tweeté, péremptoire, depuis son home encerclé par des policiers et gendarmes qu'«une force puissante s’est levée le 22 septembre [2020]. Elle doit continuer sa course jusqu’à l’atteinte des buts qu’elle poursuit, faute de quoi les marches pacifiques se poursuivront, pour appeler au départ du pouvoir de Paul BIYA et de son régime ». Décidément, on ne se refait pas. [La "séquestration" du dirigeant du MRC a été levée quelques jours après les élections régionales du 06 décembre dernier. Il s'est donc agi simplement de l'empêcher de faire de "l'agitation" durant la période électorale, vu qu'il avait donné des consigne de boycott].

Point n'est besoin de vilipender tous les jours le Chef de l'Etat. L'opposition peut exister sans forcément insulter, exciter la haine gratuite contre les personnalités au pouvoir, contre un Seul Homme (En régime "présidentialiste" plus encore qu'en régime "présidentiel", le Chef est directement exposé face aux médias et aux observateurs de toute nature), avec des insinuations à caractère tribaliste, (contre le "régime Béti/Fangs"). Les Camerounais doivent lutter contre cette dérive mortifère mais rampante du tribalisme insidieux qui semble très tentante. Car le régime de Yaoundé regroupe des hommes et femmes en grande partie de qualité, issus de toute les ethnies. Alors, pas de "tous pourris". Certes le groupe Fangs/Bétis/Boulous est celui du Président, donc la région d'ancrage de son Parti RDPC. Mais au gouvernement on trouve des Bassa, Bafia et Tikars du Centre; des Bamilekés et Bamouns de l'Ouest; des Peuhls/Foulbés musulmans et des Kirdis Mousgoums, Toupouris chrétiens du Nord ; des Douala et Sawa de la Côte ; des Bakweri du Sud-Ouest anglophone et les Ngyemba/Bamileké des Grassfields du Nord-Ouest anglophone, etc. Il n'y a qu'à voir la longue liste du Gouvernement et celle des présidents des Institutions et Grands Corps : parlement, justice, Armée nationale, etc. Celui qui détient aujourd'hui le poste de Ministre délégué à la Justice, n'est pas un Béti/Fang, mais son collègue du barreau, l'avocat très volubile J. De Dieu Momoh, originaire comme Kamto du pays Bamiléké. Seuls les Pygmées, compatriotes de la forêt, quelque peu (?) réfractaires à l'école de la ville, ne possèdent pas encore de figurant au gouvernement de Yaoundé...

La critique doit rester politique, portée sur les orientations, les projets et les actes de l'Exécutif qui est animé par de cadres et technocrates, des hiérarques et caciques du parti dominant certes - compétents ou non - dans l'entourage du Président. Mais les manifestations de rue pacifiques font partie intégrante des droits attachés à la souveraineté absolue du Peuple, dans une démocratie.

Tout ce ramdam ne manque pas d'inquiéter dans un pays confronté à de graves crises telles que la guerre fratricide menée par les sécessionnistes anglophones qui se sentent "marginalisés" dans un Régime francophone, centralisé malgré le pacte de fédéral de 1961, sans compter les violences dans l'Extrême Nord perpétrées Boko Haram. Faudra-t-il solliciter la médiation de Modérateurs des organisations internationales pour réconcilier les Camerounais ?

Le Président de la République fait cette réplique à ses divers détracteurs : « A ceux qui critiquent les imperfections de notre démocratie, je réponds que nous n’avons eu que quelques décennies [60 ans : plus d’un demi-siècle tout de même] pour la mettre en place. Les grands pays démocratiques, de leur côté, n’y sont parvenus qu’au bout de plusieurs siècles marqués par des guerres, des révolutions, des guerres civiles et même des dictatures...» Alors, il n'y a plus qu'à attendre quelques siècles pour démocratiser le pays. Mais comme disait si bien ce cher John Maynard Keynes, " à long terme, nous serons tous morts".

Devant les dramatiques situations d'instabilité et les révoltes populaires observées sur le Continent ces derniers temps, on ne peut que faire preuve de beaucoup de circonspection. Nous avons encore en mémoire les émeutes du Troisième mandat en Guinée-Conakry (45 tués) et en Côte d'Ivoire, 85 morts, (en oct-nov 2020), du Mali où l'alternance fut imposée par les manifestations de rue il y a peu, du Burkina Faso avec la chute en octobre 2014 de Blaise Compaoré obligé de "dégager" de la Présidence après 27 ans d'un pouvoir autoritaire, l'Algérie d'où Abdelaziz Bouteflika fut contraint sans ménagement de dégager en avril 2019, au Soudan avec l'arrestation en 2019 d'Omar El Béchir après 30 ans de dictature et la fuite humiliante de Zine El Abidine Ben Ali de Tunisie le 14 janvier 2011, enfin le Zimbabwé d'où Robert Mugabé fut poliment poussé à la sortie par ses propres généraux à 92 ans passés ! L'Afrique doit en finir avec ces modes violents et humiliants d'alternance politique.                                                                                                                      N.N.N.

(1) - Préhistoire : Ceux qu'on appelle les "quatre dinosaures" du Gouvernement camerounais :
1 - M. Bello BOUBA MAIGARI. Actuellement Ministre d'Etat chargé du Tourisme et des Loisirs. Ancien
Premier Ministre en 1982, il totalise 38 ans au gouvernement sous Paul Biya et 02 ans sous Ahmadou Ahidjo.
Soit 40 années au pouvoir.C'est exactement le 11 novembre 1980 que ce protégé d'Ahidjo à la carrière
fulgurante fut nommé Ministre, Secrétaire Général Adjoint à la Présidence, puis Ministre d'Etat en 1982
avant d'être promu Premier Ministre le 06 novembre 1982 par le nouveau Président Paul Biya, sur insistance
du mentor Ahmadou Ahidjo.
2 - M. Laurent ESSO. Ministre d'Etat chargé de la Justice. Au gouvernement à plusieurs postes depuis 32 ans.
3 - M. Grégoire OWONA. Secrétaire Général Adjoint du Comité Central du parti au pouvoir RDPC,
Après plusieurs autres portefeuilles, il officie comme Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, au
Gouvernement depuis 24 ans en tout. Un excellent bail..
4 - M. Jacques FAME DONGO. Ministre d'Etat chargé de l'Enseignement Supérieur...
Au gouvernement depuis 21 ans.
(Article rédigé par Noël N. NGABISSIO, Directeur de la Rédaction d'Afrique Horizon Mag à Paris.
Enquête de nos correspondants : Martin Nguema Ndong, Emmanuel Briard Tchonkou et Véronique Bikanda-Mpeh).
PS : Lire à la Section ci-dessous, après les infos marketing, la réponse complète
du Président Paul Biya à ceux qui critiquent sa gouvernance.

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Encadré

Paul Biya répond à ses détracteurs

Déclaration du Président Biya sur la "Démocratie camerounaise"
Discours du Nouvel An 2021.

« A ceux qui critiquent les imperfections de notre démocratie, je réponds que nous n’avons eu que quelques décennies [6 décennies, soit 60 ans : plus d’un demi-siècle tout de même] pour la mettre en place. Les grands pays démocratiques, de leur côté, n’y sont parvenus qu’au bout de plusieurs siècles marqués par des guerres, des révolutions, des guerres civiles et même des dictatures », a déclaré M. Biya, déterminé à faire taire les critiques qui proviennent de l’intérieur du pays comme de la diaspora et de la Communauté internationale.

Ainsi le Paul Biya demande aux pays Occidentaux notamment de le laisser tranquille. Il conduit la démocratie au Cameroun à sa façon, sans précipitation, en regardant où il met les pieds... « Pour ma part, je suis conscient de ce qui reste à faire. Mais j’ai la conviction que nous sommes sur la bonne voie et que bientôt, nous pourrons tous être fiers de nos avancées démocratiques ». Ben voyons ! Le bonheur démocratique est donc bientôt là. Même si aucun horizon n'est fixé, souligne Paul Biya dans son adresse à la Nation. Au moins, il y a de l'espoir ! Et l'espoir fait vivre. Mais les promesses (de démocratie) n'engagent que ceux qui y croient.

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