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Burkina Faso

Le deuxième Coup…

d’état sera-t-il le bon ?

 

Le capitaine Ibrahim Traoré est le nouveau Chef d' Etat du Burkina Faso.

Il a prêté serment le vendredi 21 octobre 2022, trois semaines après le coup d'état par lequel il renversé le pouvoir du col Damiba.onel

Il est arrivé comme Zorro, le visage camouflé sous un masque blanc, d’où dépassaient à peine ses yeux vifs. C’est ainsi que le jeune Capitaine Ibrahim TRAORE, tombeur du colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, est apparu devant les Corps constitués au Palais pour sa prestation de serment comme nouveau Chef d’Etat de la République du Burkina Faso. Pour une transition de deux ans.

 Pas vraiment assoiffé de pouvoir, dit-il, le Capitaine n’envisage pas, promet-il, de solliciter un mandat électoral présidentiel au terme de cette transition. Celui qui commandait jusque-là une unité des Forces spéciales appelée Cobra, déployée dans le nord à Kaya, affirme qu’il est là pour « redresser la barre » et mener la lutte contre l’ennemi qui endeuille le pays, son prédécesseur qui a régné huit mois seulement s’étant préoccupé davantage de politique politicienne que de la conduite ferme de la guerre contre ces groupes armés djihadistes qui occupent des pans entiers du pays, notamment dans le Nord…

Aujourd’hui, trois principaux groupes qui ont formé un front opèrent dans le nord et l'est du pays : Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), fusion de AQMI, Ansar Dine et Al Mourabitoun et le groupe État islamique dans le Grand Sahara.

L'une des attaques les plus audacieuses de ces dernières années - le siège en janvier 2016 d'un hôtel de luxe qui a tué 30 personnes dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou - a été menée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a depuis fusionné avec deux autres groupes djihadistes - Ansar Dine et Al-Mourabitoun - pour former le GSIM.

On pense aujourd’hui que 40% du territoire burkinabé est aux mains des djihadistes  qui opèrent depuis 2015.  Sans parler des milliers de personnes déplacées.

Il faut dire que le colonel Sandaogo Damiba était quelque part un théoricien des Armes. Il avait écrit un ouvrage sur les « Armées ouest-africaines et terrorisme, réponses incertaines ? ».

Cet officier de 41 ans avait renversé le Président Roch Marc Christian Kaboré le 24 janvier 2022 parce que la situation sécuritaire du pays devenait véritablement intenable. La France avait auparavant proposé spontanément à ce dernier un plan d’aide de 15 millions et une aide militaire, mais il avait tardé à donner sa réponse.

Prenant la barre du pays, le 24 février 2022, le colonel Sandaogo Damiba qui met en place un présomptueux « Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration » (MPSR) s’était engagé à renforcer la sécurité et chasser les envahisseurs dans le Nord. Pour lui la transition devait durer 24 mois, avec l’accord de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest  (CEDEAO) et de l’Union africaine. Après avoir affirmé qu’il maintiendra la coopération militaire avec  la France (notamment le détachement de Forces spéciales – la TF Sabre – est établi à Ouagadougou) qui entretenait alors la force Barkhane au Sahel (déménagement du Mali au Niger), il se rapproche subitement des militaires au pouvoir au Mali, pour des besoins de diversification des partenaires « quitte à froisser des partenaires historiques », selon son Premier Ministre civil Albert Ouedraogo. Après avoir rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov à l’Assemblée générale de l’Onu en septembre dernier à New-York, et comme les colonels maliens, Paul-Henri S. Damiba se montre fort intéressé par un coup de main du groupe des mercenaires russes Wagner fondé par d’Evgueni Prigojine  (qui aujourd’hui opèrent en Centrafrique et au Mali). Celui-ci encourage le colonel à sauter le pas vers coopération militaire avec Moscou, qui serait (évidemment !) le signe tangible « d’une nouvelle ère de décolonisation » Dixit !

Mais deux attaques djihadistes particulièrement meurtrières, contre des convois de ravitaillement, vont précipiter les choses fin septembre. Dans la région de Djino, c’est le massacre des populations par les Djihadistes avec 35 morts et …, c’est 50 personnes disparues et 11 militaires tués. Ces attaques vont déclencher des émeutes dans la capitale, les populations ne se sentent plus du tout protégées par les forces armées. Conséquence, des mouvements au sein de la Grande Muette qui aboutissent au nouveau coup d’état  contre le colonel Damiba le 30 septembre 2022, annoncé à la TV officielle : « Le lieutenant-colonel Damiba est démis de ses fonctions de président du « Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration … Nous avons décidé de prendre nos responsabilités, animés d’un seul idéal, la restauration de la sécurité et de l’intégrité de notre territoire. […] Notre idéal commun de départ a été trahi par notre leader [le colonel Damiba] en qui nous avions placé toute notre confiance. Loin de libérer les territoires occupés, les zones jadis paisibles sont passées sous contrôle terroriste ».

Et de préciser que, désormais, le nouvel homme fort du Burkina Faso est le capitaine Ibrahim Traoré, qui commandait jusque-là une unité des Forces spéciales « Cobra », déployée dans la région de Kaya, au nord.

Un masque pour la prestation de serment le 21 octobre 2022

Le gouvernement et l’Assemblée législative de transition ont été dissous. La Cédao qui a dans un premier temps condamné très fermement cette « prise de pouvoir par la force » et estimé « inopportun ce nouveau coup de force au moment où des progrès ont été réalisés […] pour un retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 1er juillet 2024 » est revenue à de meilleurs sentiments. Un accord a été trouvé avec la nouvelle junte pour une transition de deux ans. Le capitaine Traoré  se serait contenté de un an !

La démarche politique, le style sobre mais déterminé et les objectifs et propos fortement engagés mais populistes du capitaine Ibrahim Traoré font penser incontestablement à un autre capitaine … qui avait lui aussi galvanisé les foules dans les années 80 et voulait transformer son pays, la Haute-Volta, le sortir définitivement des scories de la colonisation. Il s’appelait…Thomas Noël SANKARA.

Thomas Sankara et François Mitterrand

Celui-là même qui le 4 août 1984 changeait le nom colonial Haute-Volta en Burkina Faso. Ce qui signifie le Pays des Hommes intègres. En Afrique, d’autres « Capitaines » aussi déterminés et politisés, fortes têtes et apôtres de la bonne gouvernance ont marqué l’évolution politico-économique de leurs pays : Marien NGOUABI au Congo-Brazzaville et le pilote Jerry John RAWLINGS au Ghana. Si le destin de Marien Ngouabi a été malheureusement aussi tragique que celui de Thomas Sankara, assassinés tous deux par des camarades officiers de l’armée, impunis à ce jour, celui du Ghanéen a été succesful.

Son tout premier coup d’état date de 1979. Il a 32 ans. Il échoue et  ce fils d’un Ecossais et d’une ghanéenne, est arrêté puis condamné. Son procès sera pour lui une belle tribune politique pour dénoncer la corruption et la gabégie des vieux généraux au pouvoir, qui avaient renversé le Président Kwamé Nkrumah (Francis Nwia Koffie, dit …).

 Depuis la prison, quelques semaines plus tard, il récidive : deuxième coup d’état. Et c’est le bon. Celui-là réussit. Le jeune capitaine de l’armée de l’Air renverse cette poignée de généraux bedonnants et corrompus qui règnent depuis 1966 à la tête du pays. Ceux-ci seront condamnés à mort. Jerry Rawlings cède le pouvoir après quelques mois, après des élections présidentielles transparentes auxquelles il n’était pas candidat, considérant que le « job is done », qu’il a fait le boulot et assaini le sommet de l’Etat (le poisson pourrait toujours par la tête, dit le proverbe). Il rejoint la caserne, humblement.

Rawlings revient par un 3eme coup d’état en en décembre 1981….Une nouvelle fois au vu de l’état de délabrement économique et de corruption qui plombe à nouveau le pays. Il décide alors de prendre les choses en mains, se positionnant en libérateur opposé aux responsables « véreux ». Il fera dix-huit ans de pouvoir, devenu civil. Retraité à 53 ans en 2000 pour respecter la clause constitutionnelle limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs, il vivait modestement dans un quartier d’Accra. Il nous a nous a quittés le 12 novembre 2020.

Rédigé par Stéphane SANY, Rédacteur en Chef d''Afrique Horizon Mag
 

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