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Publié par Chroniques de Noël N. Ngabissio (Mediatop1)

Idriss Déby est mort. Le Chef de l'Etat tchadien est décédé le mardi 20 Avril, après avoir été, selon le porte-parole de son armée, grièvement blessé la veille dans les combats menés au Nord près de la frontière libyenne, dans la région du Kanem, contre les rebelles des FACT (Forces pour l'Alternance et la Concorde au Tchad) qui ont engagé une guérilla en vue de renverser le régime.

Cette disparition brutale, subite et pour le moins tragique (on ne s'attendait pas à ce que le Chef de l'Etat, candidat aux présidentielles en cours, soit au front en première ligne un dimanche), on s'en doute, a plongé le pays tout entier dans le désarroi le plus total. Le Président tchadien venait tout juste d'être déclaré élu pour un sixième mandat, après 30 ans au pouvoir, par la Commission électorale. On attendait la confirmation de la Cour constitutionnelle. Et voilà que ...

 
Photos : le Président Idriss Déby, fait Maréchal du Tchad voici un an pour services rendus au pays.

Guerrier réputé, connu pour sa capacité à lancer des raids rapides et meurtriers (notamment dans les batailles contre son ancien mentor Hissein Habré, le célèbre tyran qu'il avait renversé il y a 30 ans avec l'aide de la France), le "vaillant" chef de "rezzou" Idriss Déby Itno combattait avec courage et énergie, aux côtés de la France, les mouvements islamistes qui sèment la mort dans le Sahel où il avait envoyé 1 200 hommes (Mali, Burkina Faso, Niger, voire en Côte d'Ivoire...) et en Afrique centrale (Boko Haram, un kalhifat affilié à Daech ou Al Qaida...) qui ravage la zone du Lac Tchad, aux portes de Ndjaména). Idriss Déby se faisait fort de venir à bout d'Abou - comme il appelait Aboubakar Shekau, le sanguinaire chef de Boko Haram - en quelques semaines. Il n'aura pas réussi en plusieurs années et c'est un de ses échecs notoires. Ainsi Boko Haram, ce mouvement terroriste né au Nigéria voisin, continue à semer la terreur et la mort sur des populations déshéritées au Tchad, au Nord-Cameroun, au Niger et bien entendu au Nord-Est du Nigéria. Précisément le 27 avril, quelques jours après l'annonce du décès de son ennemi juré, Shekau a, pour marquer sa joie, lancé une offensive au Tchad, dans les villages de Ngouboua et Kaïga, à 100 km de la capitale, faisant 12 morts. Mais il aurait perdu 40 hommes.

Photo : Idriss Déby au centre. A sa gauche son fils Mahamat Idriss Déby Itno, nouvel homme fort du Tchad. A 37 ans, le jeune général a aussitôt été adoubé par l'Armée, à la tête du pays.
 

La disparition du Chef de l'Etat tchadien a de nombreuses et douloureuses conséquences sur la vie politique, économique et sociale de son pays bien sûr (sécurité, unité,...). Mais aussi un impact certain sur le Continent africain tout entier. Notamment dans ces régions sahéliennes où sévit le terrorisme islamique, venu de cette Libye qu'un certain Nicolas Sarkozy avait cru devoir démembrer voici une bonne décennie.

1 - D'abord dans son pays où l'avenir immédiat semble pour le moins incertain. En effet, ces derniers temps, le régime est en butte à une forte contestation populaire, à des critiques acerbes et des manifestations de rues contre celui que les opposants de plus en plus nombreux - surtout les jeunes - traitent de chef de la dictature militaro-clanique des Zagawas, la tribu d'Idriss Déby (implantée essentiellement dans l'Est, vers la frontière soudanaise), fortement majoritaire dans la garde présidentielle qui est une véritable armée dans l'Armée, mieux équipée, mieux encadrée par des fidèles parmi les fidèles et qui représentent la majorité des officiers (généraux quatre étoiles) au Tchad. Cette garde prétorienne est sous le commandement du fils de Déby, Mahamat Idriss qui, aussitôt connue la mort de son père, a été hissé par l'Armée (!) à la tête d'un Conseil Militaire de Transition, CMT sorti de nulle part et en tout cas institué hors des dispositions constitutionnelles sur la succession du Chef d'Etat décédé. Ce comité a décidé de gérer le pays pendant 18 mois de transition, 18 mois renouvelables! Il est composé d'une quinzaine de (vieux) officiers supérieurs richissimes, repus, en majorité du clan du défunt président. L'Assemblée nationale et la constitution sont dissoutes. On justifie cette mise à l'écart de la Loi fondamentale par l'état de guerre à la frontière nord : la rébellion des FACT. Et puis, le successeur constitutionnel, Président de l'Assemblée nationale se serait désisté pour ... raisons de santé! Un boulevard pour le fils-héritier du clan que le peuple tchadien refuse absolument de cautionner. Jugeant que le Tchad ne saurait devenir une monarchie de pacotille...aux mains d'un clan de guerriers. Donc tollé dans toute la classe politique qui crie au coup d'état, au pronunciamiento. Cette stratégie de dévolution familiale illégitime d'un pouvoir d'Etat qui devrait passer par les voies démocratiques, distorsion orchestrée ici par une Armée composée d'officiers reconnaissants pour les grades, les postes, les richesses et récompenses reçues du Maréchal Déby. Comme au Togo à la mort de Gnassingbé Eyadéma. Comme au Gabon après la mort d'Omar Bongo. Comme en RDC après la mort de Mzee Laurent-Désiré Kabila. Le peuple tchadien ne veut pas de cela à la mort du père Déby Itno.

Silence gêné du côté de l'Union Africaine, dont le Président de la Commission, Moussa Faki Mahamat est lui-même Tchadien, membre du sérail et... d'ethnie Zaghawa comme le clan Déby. Il fut plusieurs fois ministre du Président disparu. Cependant le 27 avril lors d'une visite à Paris, le Président en exercice de l'Union africaine, Félix Antoine Tshisekedi, chef de l'Etat de la RDC a fait avoir qu'il n'était pas partisan de la confiscation du pouvoir par des méthodes non démocratiques ni inclusives. Ainsi une délégation de l'UA s'est rendue à Ndjaména pour trouver et mettre en place une formule de transition intégrative et légitime.

De son côté, soupçonné de complaisance envers l'héritier putatif du pouvoir tchadien, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron a indiqué que le Tchad est certes un partenaire privilégié et bénéficie à cet égard de la protection de Paris. Ainsi le Président français a assisté aux obsèques grandioses du "Maréchal du Tchad" le 26 avril à Ndjaména, à la droite du nouvel homme fort, le fils de son père. Et Macron a marqué un soutien appuyé à la famille éplorée. Mais il a tenu à préciser le 28 avril qu'il n'encourage et n'accorde aucun soutien à une "lignée de succession" familiale ou autre, au pouvoir, hors de la légalité et des règles démocratiques, au Tchad ou ailleurs.

Idriss Déby, avec Moussa Faki Mahamat, Président de la Commission de l'Union Africaine. Derrière eux, le jeune général Mahamat Idriss Déby, chef autoproclamé de la Transition pour 18 mois.

Afin de désamorcer le fronde bien réelle et apaiser les manifestations de rue commencées le 27 avril pour dénoncer ce qui est considéré par beaucoup de Tchadiens comme un "coup d'état" militaire, manifestations au cours desquelles la Police et l'Armée ont utilisé des balles réelles faisant entre 5 et 11 morts dans la Capitale, le chef de la junte qui venait de nommer un Premier Ministre le 25 avril, le civil Albert Pahimi Padacké, a fait savoir qu'un Conseil de la Transition (?), inclusif, sera mis en place pour faire office de Parlement (civil).

La nomination du Premier Ministre Pahimi Padacké, ancien membre du MPS au pouvoir et ancien Premier Ministre du père Déby, de 2006 à 2008, avant la suppression constitutionnelle du poste, semble se passer dans l'indifférence. Pour tous, il s'agit d'un homme du sérail depuis 30 ans. Il avait certes pris le virage d'une opposition modérée il y a deux ans en créant son nouveau parti, le Rassemblement National pour la Démocratie au Tchad, le RNDT-Le Réveil, et en se présentant aux dernières présidentielles. Il y est arrivé second avec un score humiliant d'environ 10% des suffrages exprimés contre plus de 73% au grand Maréchal Idriss Déby. Pas certain cependant que ce CV suffise à désamorcer l'agitation forte qui s'est emparée de la rue tchadienne. Un point positif cependant : l'un des plus farouches opposant au MPS au pouvoir, le chef de l'UNDR Saleh Kebzabo a jugé positive cette nomination et souhaité qu'on "l'accompagne" dans sa nouvelle mission. M. Pahimi Padacké, 54 ans, est un chrétien du Sud, né à Pala, non loin de la zone pétrolière de Moundou et de la frontière camerounaise. Il vient de former en une semaine son gouvernement de 40 membres dont 9 femmes.

 

2 - Déby mort, c'est le déséquilibre dans la sous-région Afrique centrale...

Déby et Paul Biya du Cameroun : entente et coopération économique exceptionnelles

Quand on parle d'Afrique centrale, on sous-entend généralement les six pays de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC) qui englobe le Cameroun, Centrafrique, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad. Ce regroupement économique qui comprend les pays de l'ancienne Afrique Equatoriale française (AEF), plus le Cameroun franco-anglophone et la Guinée ex-espagnole, végète tant bien que mal, depuis très longtemps et n'arrive pas à transcender les égoïsmes nationaux pour aller vers une véritable intégration sous-régionale comme en Afrique de l'Ouest. Les pays pétroliers tels que le Gabon et la Guinée équatoriale craignent une intégration impersonnelle et la libre-circulation qui attirerait chez eux les "étrangers" désireux de profiter de la manne de l'or noir. D'où un fonctionnement cahotique pour la communauté, fait de sommets aussi fréquents que stériles. Des relations de pays à pays fonctionnement cependant assez bien. Il en est ainsi de la coopération entre le Tchad qui n'a pas de façade maritime et son voisin  le Cameroun. Coopération qui s'inscrit également dans la lutte contre Boko Haram à la frontière commune vers le Lac Tchad. Un long pipeline de 1080 km relie les deux pays, pour l'évacuation du pétrole tchadien à l'étranger et constitue une véritable colonne vertébrale de l'alliance et un symbole fort entre les deux pays. La libre-circulation y est totale et l'intégration est bien avancée. De plus, le grand projet d'Idriss Déby est le prolongement du chemin de fer Transcamerounais (du port de Douala à la ville nordiste de Ngaoundéré) vers la capitale tchadienne, projet qui doit coûter 5 milliards de dollars. Idriss Déby et Paul Biya s'entendent donc parfaitement. Qu'en sera-t-il de son successeur ?

On sait par ailleurs que la Cemac est affaiblie par un certain nombre de réalités. Le régime camerounais est vieillissant (et ce n'est pas irrespectueux de le dire) : Paul Biya a dépassé les 88 ans après 40 années d'un pouvoir centralisé, dominé par un ancien parti unique hermétique qui n'a pas changé depuis 60 ans. Le successeur constitutionnel en cas d'empêchement, etc, a deux ans de moins que le Président, mais il vit entre deux évacuations sanitaires en Europe et semble vraiment en souffrance pour assumer ses fonctions de Président du Sénat. Voilà pour le Cameroun. En Centrafrique, la déstabilisation est patente du fait de multiples rebellions et l'immixtion, surprenante, de la Russie et de Poutine dans la politique et la sécurité locales. Au Gabon, la santé (qui heureusement va s'améliorant) du Président Ali Bongo Ondimba - victime d'un AVC il y a trois ans - et la contestation sourde au Congo-Brazzaville où les dernières présidentielles continuent à faire l'objet de commentaires négatifs après la mort d'un candidat atteint, semble-t-il de Covid 19. Ce dernier pays traîne avec lui une dette internationale pesante. Quant à la Guinée équatoriale, elle tente péniblement de se relever d'une crise de trésorerie liée à la chute brutale du prix du baril ces trois dernières années et à des projets pharaoniques tels que la construction d'une nouvelle capitale (Djobloho, ex-Oyala), qualifiée de Brasilia d'Afrique centrale qui engloutit des centaines de milliards de francs Cfa. La baisse de régime dans les six pays de la Cemac est bien réelle.

Heureusement l'Afrique centrale ne se réduit pas aux six pays de la Cemac. La Sous-Région  affiche en effet sa volonté de s'élargir en devenant la Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC), incluant la RDC, l'Angola, le Rwanda, le Burundi... Des poids lourds pétroliers, miniers, agricoles... Simplement il faut le temps nécessaire pour sa mise en place, sa mise en ordre de marche.

 

3 - Affaiblissement de la lutte contre l'islamisme au Sahel...

La Force G5 Sahel au front

L'intensité de la lutte contre les islamistes dans le Sahel va sûrement connaître quelques ratés. On sait que le Chef de l'Etat tchadien figurait parmi les plus actifs et parmi ceux qui refusent ces "contacts" plus ou moins secrets avec certains chefs fanatiques. Et là-dessus, l'accord est parfait avec la France qui compte tout de même 5000 soldats dans le Sahel, dans le cadre de la Force Barkhane et du G5 Sahel. Le contigent tchadien , fort de 1200 soldats, opère surtout dans la zone de la triple frontière Niger-Burkina-Mali...

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Rédigé par Noël N. NGABISSIO, Directeur de la Rédaction.

La totalité de cet article est à lire bientôt. Avec la collaboration de Stéphane Sany, notre envoyé spécial à Ndjaména, Rédac' Chef d'Afrique Horizon Mag
l'actu et le Business en Afrique/Monde.

 


 

 

 

 

 

 

2 - Déséquilibre dans la sous-région Afrique centrale

(Bongo malade, Biya  vieillissant, Centrafrique dépecée, et Guinée équatoriale économiquement à terre

3 - Affaiblit la lutte contre les islamistes dans le Sahel. Lutte menée avec l'aide de la France (contingent français de près de 5 200 soldats et la Logistique qui va avec, ainsi que et la surveillance aérienne) dans le cadre de la Force Barkane et du G5 Sahel dont Idriss Déby représentait le fer de lance. Il y avait déployé 1 200 soldats tchadiens, très aguerris et engagés. Son fils Mahamat Idriss y a participé quelque temps comme officier supérieur. Ce qui lui vaut une réputation de guerrier intrépide comme son père.

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