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Publié par Chroniques de Noël N. Ngabissio (Mediatop1)

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo acquitté

Cahier d’un retour au pays natal...

Charles Blé Goudé est également "libre de rentrer
en Côte d'Ivoire" dixit le président Ouattara
 

L'ancien Président Laurent Gbagbo saluant ses sympathisants venus à La Haye...

 

Enfin, serait-on tenté de soupirer… Laurent Koudou Gbagbo n’a plus aucune entrave pour regagner son cher pays après dix ans d’exil forcé, enfermé dans les geôles de la Cour pénale internationale, à la Haye, en Hollande.

C’est Alassane Ouattara, le Président ivoirien - il vient d’entamer le 03 novembre 2020 son troisième mandat à la tête du pays - qui l’a décidé et fait savoir le 07 avril de cette année. Il y a dix ans, il expulsait son challenger préféré du pouvoir et l’envoyait à la Cour pénale internationale de la Haye aux Pays–Bas pour divers « crimes contre l’humanité ».

Ayant été acquitté ce 31 mars (2021) de toutes les accusations infamantes qui ont justifié son arrestation et son envoi à la CPI, l’ancien Président de la République ivoirienne qui avait déclenché, malheureusement, une violente crise post-électorale en contestant les résultats des présidentielles de 2010 le donnant perdant, savoure aujourd'hui une sorte de « victoire »… finale contre ses accusateurs et, aussi, contre Fatou Bensouda, la Procureure générale (sortante) de la CPI qui avait fait appel du premier jugement l'innocentant en septembre 2019 de toutes ces accusations de meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains…

Laurent Gbagbo et son ancien ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé, ex-chef du mouvement des Jeunes Patriotes, qui l’avait rejoint à la CPI il y a huit années, ont donc été définitivement acquittés ce 31 mars 2021 par La Chambre d’Appel de la CPI. Après des années de procédures, les juges ont considéré que « les preuves à charge étaient insuffisantes… La procureure générale n'aurait "pas étayé l'allégation d'existence d'une politique ayant pour but d'attaquer une population civile sur la base de modes opératoires récurrents auxquels auraient répondu les violences et d'autres éléments de preuve indirects cités à l'appui de cette allégation ». Fatou Bensouda n'aurait pas non plus « démontré que les crimes, tels que ceux allégués dans les charges, ont été commis en application ou dans la poursuite de la politique d'un État ou d'une organisation ayant pour but d'attaquer la population civile ». Et, selon la Chambre, la procureure n'a pas « démontré que les discours prononcés en public par Laurent Gbagbo ou Charles Blé Goudé étaient constitutifs du fait d'ordonner, de solliciter ou d'encourager la commission des crimes allégués, ni que l'un ou l'autre des accusés a contribué en connaissance de cause ou intentionnellement à la commission de tels crimes », ont conclu les juges.

Fairplay du Régime ivoirien

Et pour faire preuve de fairplay aux yeux de ses compatriotes et de la Communauté internationale, l’actuel Chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, dit ADO, a fait savoir urbi et orbi que « des dispositions seront prises pour que Laurent Gbagbo bénéficie, conformément aux textes en vigueur, des avantages et indemnités dus aux anciens présidents de la République ». On ne peut mieux faire pour réintégrer dans la communauté nationale un adversaire politique honni autrefois. Don’t acte.

Désormais donc, il y a lieu de croire que ce chapitre très sombre, l’un des plus sanglants des événements et guerres civiles (bilan: 3000 morts, assure-t-on) qui secouent le pays d’Houphouët Boigny ( le tout premier Président de la Côte d’Ivoire ) depuis l’Indépendance le 7 août 1960, s’achemine ainsi vers sa fin. La paix, la réconciliation tant espérées de part et d’autre de l’arène politique, pointent-elles enfin le bout de leur nez ? On ne peut que l’encourager. Et le Régime semble motivé pour aller dans ce sens. Avec l'es conseils amicaux du Président français Emmanuel Macron. L’opposition de son côté ne fait pas semblant de traîner les pieds.

Alassane Ouattara (à dr. sur la photo), en compagnie du Président Macron à Abidjan.

Ainsi, Laurent Gbagbo s’était déjà vu délivrer un passeport diplomatique et un passeport ordinaire début décembre 2020 par le gouvernement ivoirien, avant son acquittement définitif. Histoire de faire bien comprendre aux uns et aux autres que l’ancien Président n’était plus « persona non grata » dans son propre pays et rassurer ses partisans à propos des procès éventuels qui pendent au-dessus de la tête de l'ancien leader de la Gauche ivoirienne et ses amis politiques. Ces procès seront sans doute bloqués. Ou amnistiés... Le Premier Ministre de l’époque, le regretté Hamed Bagayoko, fauché malheureusement le 10 mars 2021 par un cancer foudroyant (en Allemagne où il avait été hospitalisé d'urgence, neuf mois seulement après la disparition tout aussi foudroyante de son prédécesseur Amadou Gon Coulibaly le 8 juillet 2020, fauché par une crise cardiaque au Conseil des Ministres à Abidjan...), y serait, dit-on pour beaucoup, car il était considéré avant tout comme le grand rassembleur dans la galaxie ADO.

Mieux encore, il n’est pas totalement illusoire d’imaginer que le Régime s’achemine lentement vers une amnistie... général pour un apaisement total des esprits. Surtout, que pèse sur l'ancien Président ivoirien d'autres accusations dans son pays et une condamnation à 20 ans de prison ferme et 329 milliards F. Cfa d'amendes (somme faramineuse de plus de 500 millions d'euros) ! Ceci pour le « braquage », pendant la crise post-électorale de 2010-2011, de l'agence nationale de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) d'Abidjan.

Il ne faudrait donc pas faire preuve d’un optimisme excessif.De nombreuses blessures demeurent ouvertes. Du côté de ceux qui se considèrent toujours comme les victimes de cette tragédie (2010-2011) provoquée par le régime de Laurent Gbagbo ou qui ont perdu des proches dans ce carnage et qui évidemment ont accueilli avec une grande tristesse son acquittement.

Laurent Gbagbo (à dr.) et Charles Blé Goudé. (Photo CulturEbene)

De plus le troisième mandat « arraché » par Alassane Dramane Ouattara en novembre dernier avec un score soviétique de 95% des voix exprimées (!) et une abstention voisine de 70%, et que les opposants illustres comme Henri Konan Bedié, ancien Président de la République lui-même candidat à cette élection, ont rejeté, le considérant comme illégal [car Alassane Ouattara avait été élu en 2005 pour un deuxième et dernier mandat et avait prêté serment sur une Constitution qui limitait clairement à deux le nombre de mandats consécutifs pour tout Chef d’Etat ivoirien. Il l’a fait modifier par référendum et s’est présenté à l’élection malgré les cris d'orfraie des contradicteurs, suite au décès de son dauphin et "fils" déclaré le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet 2020. Cas de force majeure, avait-il justifié…] Ce 3eme mandat, à nouveau,  a donné lieu à une conflagration puis une nouvelle une crise de violences qui s’est soldée par plus de 97 morts ! Les cicatrices sont donc très loin d’être fermées. Et les dernières élections législatives tenues en mars 2021 ont donné une marge d’action relativement juste, pour ne pas dire faible, au gouvernement.

Tout n’est donc pas résolu, comme on le voit. D’autant plus que les anciens Présidents Henri Konan Bedié, héritier « légitime » du PDCI d’Houphouët-Boigny et doyen des hommes politiques ivoiriens encore très actifs et qui comptent dans le pays, et Laurent Gbagbo conservent une popularité certaine dans le pays, voire en Afrique.

(Article rédigé avec le concours de nos correspondants à Abidjan)

Encadré : les avantages et indemnités des anciens présidents ivoiriens :

1 - Une indemnité mensuelle de 17 millions Cfa, soit un budget annuel supérieur à 234 millions CFA. Ces sommes émargent sur le budget de la Présidence de la République.

2 - Une vingtaine de personnes de service : policiers gardes-corps, 3 chauffeurs (et leurs 3 voitures/véhicules), majordome, cuisiniers, jardiniers, ...

3 - Gratuité de certains voyages, etc...

N.B : Enfin Laurent Koudou Gbagbo aura droit à un rappel correspondant aux 10 années passées en prison à la Haye, soit 2,4 milliards CFA (3,4 millions d'euros). Peut-être plus. 

 

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