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Publié par Chroniques de Noël N. Ngabissio (Mediatop1)

Paul BIYA a-t-il perdu son moja ?

Il n'arrive pas à trouver la solution de cette "crise anglophone" qui perdure depuis cinq ans ?

Droit et digne du haut ses 88 ans, le Chef de l’Etat camerounais Paul Biya va fêter en novembre 2021 ses 39 ans de pouvoir, sans compter les 7 ans de passées comme Premier Ministre du Président Ahmadou Ahidjo, de 1975 à 1982, soit 46 ans à la tête de l'Etat. ...

C'est dire, comme le font ses thuriféraires et le vante son slogan électoral rôdé à la présidentielle de 2018, "la force de l'expérience" qu'il a emmagasinée en matière de gouvernance des hommes. Bien entendu, il a, à son actif, des réalisations importantes, voire exceptionnelles pour le pays. Pourtant...

Pourtant il est attendu depuis bientôt cinq années sur plusieurs dossiers chauds (terrorisme islamiste de Boko Haram qui sévit dans le Nord, déficit drastique et (deficiency) chronique d'énergie électrique dans le pays, chômage larvé et sous-emploi dont se plaignent ces jeunes de moins de 30 ans- qui représentent 70% de la population -, état désespérant des hôpitaux urbains, etc... ) en tête desquels cette révolte lancinante, cette sécession insidieuse des deux Régions occidentales d’ancienne mouvance britannique, dite «Crise anglophone ». Ce septième mandat de sept ans démarré en 2018 se terminera en 2025: il aura alors l’âge respectable et respecté de 92 ans. Comme Robert Mugabé en 2017 quand son armée a décidé de le sortir manu militari du pouvoir. Faudra-t-il attendre un 9eme mandat pour solder cette guerre sanglante dans l'Ouest ?

Le chef de l’Etat camerounais qui semble avoir de l'énergie à revendre accueille en janvier 2022 la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). C'est dire si la crise anglophone devient d’autant plus prégnante et sensible qu’elle menace directement et ce rendez-vous continental du football africain et plus encore, l’unité de la Nation, si elle perdure.

Mais trouver la solution définitive à la « sécession anglophone » reste un vrai casse-tête. Cette menace de sécession concerne les deux Régions de l’ouest Cameroun, frontalières avec le vaste Nigéria anglophone dans un écosystème et un milieu, le Delta du fleuve Niger, qui apparaît comme une véritable éponge à pétrole. Ces deux Régions camerounaises font partie du territoire de cet ancien Protectorat allemand du (gross) Kamerun, que la Société des Nations, SDN, ancêtre de l’ONU, a placé le 28 juin 1919, sous « Mandat B » français et britannique, après la défaite allemande de la Première Guerre mondiale. Ce qui sera effectif en 1922.

La Grande-Bretagne va gérer la partie qui lui est dévolue en la divisant en deux provinces : le Northern Cameroon dont la population est majoritairement islamisée est rattachée au Nord du Nigeria ; la partie sud appelée Cameroon Meridional va former pour sa part une région semi-autonome rattachée au Sud du Nigeria. Le reste du Cameroun, soit les 4/5 du territoire de cet ex-protectorat allemand est administré par la France exactement comme ses colonies d’Afrique Equatoriale (AEF), alors qu'il n'en est pas une. Il est cependant distinct de l'AEF. Mais est geré par un Gouverneur colonial français propre.

Lors du référendum onusien pour l’indépendance du Cameroon sous mandat britannique en 1961, le Northern Cameroon, à population majoritairement musulmane, opte naturellement pour le rattachement définitif au Nigéria du Nord de culture islamique et populations très proches des Peuls du Nord. Le Cameroon Meridional pour sa part choisit largement de rejoindre la Mère-Patrie (francophone et chrétienne) qui a accédé à l’lndépendance un an et demi plus tôt, le 1er janvier 1960.

Après cette « Réunification », le Cameroun dans son ensemble devient en novembre 1961 une « République fédérale » composée de deux Etats fédérés : le Cameroun Oriental, francophone, d’ancienne obédience française et le Cameroun occidental, anglophone. Sur le modèle du Canada.

Le Cameroon anglophone couvre 42 000 km2 environ, un peu moins d’un dixième du territoire de la Fédération. Il est divisé en deux vastes et riches Régions : la North West Region et la South West RegionDans cette zone méridionale littorale, justement, un conflit latent va opposer la République fédérale du Cameroun à la Fédération du Nigéria sur la démarcation de la frontière commune dans la Péninsule de Bakassi, près du Delta du Niger. Cette guerre dite de Bakassi ne prendra fin qu’en 2002 grâce au verdict de la Cour internationale de Justice de La Haye. 

Les pressions de Paris et Jacques Foccart pour l'unification forcée... et le pétrole du sud-ouest camerounais

Quant à la République Fédérale du Cameroun, durant quelques années, le sentiment de retrouvailles fraternelles et de la libération permettent un fonctionnement harmonieux de l’Etat. Mais Ahmadou AHIDJO, Président de la Fédération, lutte personnellement depuis 1957 - sous l’Autonomie de la partie francophone administrée par la France - contre une solide rébellion armée, sanglante, menée par les Nationalistes durs de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) que dirige le syndicaliste Ruben UM NYOBE et le Docteur Félix Rolland MOUMIE, un jeune médecin formé en France.

Ces Nationalistes rejettent catégoriquement le régime "fantôche" d’Ahmadou AHIDJO considéré visiblement comme une émanation pure du colonisateur français qui par ailleurs le soutient militairement bec et ongles. Ahidjo, né en 1924, deux ans après la fin du Protectorat allemand, ne pense donc qu’à visser l’étau de ce pouvoir que lui a légué la France en 1958 et qui devient de plus en plus despotique. Pressé par le chef des Services secrets français, le fameux et redouté Jacques Foccart (son mentor) qui y voit l'opportunité de faire main basse sur le pétrole de cette région anglophone qui jouxte la grande zone pétrolière du Sud-Est du Nigéria. La France venait de perdre les espoirs placés dans la sécession de l'Etat (fédéré) nigérian du Biafra, auquel elle apportait son soutien en livraisons d'armes avec la complicité d'Houphouet Boigny de Côte d'Ivoire et d'Omar Bongo du Gabon, sécession dirigée par le fameux Général Robert Odumegwu OJUKWU, ce Biafra dont la France convoitait les imposantes réserves d' or noir). Amadou Ahidjo est donc amené à faire pression sur les leaders anglophones (le Vice-Président John Ngu Foncha notamment) pour aller à un Etat unitaire intégré et fort. Ce qui n’était pas prévu dans le contrat de Fédération de 1961, négocié à Bafoussam.

Pour ce faire, il mène d’abord une fusion éclair plus ou moins contrainte de tous les partis politiques du pays, anglophones comme francophones, et crée son parti unique, UNC, (Union nationale camerounaise) une extension pure et simple de son petit parti régional Union Camerounaise (UC) dont l’essentiel du recrutement était avant tout régional, dans les départements du Nord musulman.

Le Vice-Président fédéral John Ngu Foncha, anglophone, qui est en même temps Premier Ministre du Cameroon occidental anglophone se montre réticent à ces manoeuvres et démissionne en 1966. Il est remplacé illico par Salomon Tandeng Muna, plus ouvert, mais que le Parlement local anglophone n'apprécie que faiblement.

En 1970 Ahidjo est réelu à la présidentielle avec un score soviétique et maintient comme Vice-Président fédéral et Premier ministre de la zone anglophone Tandeng Muna dont l’un des fils, l’avocat Akere MUNA, a été candidat à la Présidentielle de 2018, avant de se retirer en dernière minute.

Ahmadou Ahidjo, à gauche, Jacques Foccart (au centre) et le Général De Gaulle
Le premier Président camerounais est né 2 ans après la mainmise de la France sur le Protectorat allemand du Cameroun.

Convaincu d’avoir gagné la guerre contre les Nationalistes de l’UPC après avoir fait exécuter en 1971 Ernest Ouandjié, le dernier leader charismatique, Amadou Ahidjo arguant des lourdeurs administratives et des nombreuses dépenses qu’imposent la forme fédérale de l’Etat, "décide" alors l’unification pure et simple en une république unique et forte. Son jeu est clair et les Anglophones sont forcés de suivre... Par référendum en date du 20 mai 1972, le "choix" est fait à une forte majorité de la création d’un État Unitaire. La constitution de juin 1972 proclamera la naissance de l’État unitaire sous l’appellation de « République Unie du Cameroun ». Le drapeau vert-rouge-jaune à deux étoiles perd une étoile au passage. Le 20 mai est retenu comme jour de Fête nationale, la Fête de l’unité nationale. Le chapitre de la fédération est clos.

Aujourd’hui, quarante-six ans après l’unification dont 39 effectués sous Paul Biya comme Chef de l’Etat depuis 1982, les deux Régions anglophones minoritaires se sentent « marginalisées » au sein de cet Etat unitaire, larguées par le Régime lointain de Yaoundé, trop jacobin à leur goût, et dont la gouvernance est jugée super-centralisée et verticale (pas seulement d'ailleurs par les Camerounais anglophones). Les les leaders d’opinion et les intellectuels modérés demandent une véritable « Décentralisation » telle que le prévoit la Constitution de 1996.

D’autres exigent le retour pur et simple à la forme fédérale de 1961 tandis que les plus radicaux ou extrêmistes entendent tout simplement sauter le pas vers la Sécession. Ces derniers ont déclaré l’« Indépendance » le 12 novembre 2017 à Bamenda, de l’ « Ambazonie », nom qu'ils donnent à leur nouvelle entité politique qu'ils entendent libérer de Yaoundé.

Desserrer l’étau d’un Etat jacobin et hyper-centralisé

Tout commence en septembre 2017 par des grèves : grève des enseignants anglophones, des juristes et avocats anglophones ... Dans un premier temps, le gouvernement de Yaoundé se montre disposé à dialoguer et à accéder à certaines demandes « raisonnables » concernant les programmes scolaires en Anglais, l’affectation d’enseignants en zone anglophone et l’application plus effective de la Common Law dans le fonctionnement de la Justice.

Mais les revendications s’accumulent et le gouvernement se raidit pour ne pas faire preuve de « faiblesse » face à l’opinion, devant des revendications jugées inconsidérées. Alors, le mécontentement monte de plusieurs crans : ce sera l’indépendance pure et simple de la zone anglophone ou la lutte armée. Aussitôt une rébellion armée bien réelle et présente par des actions violentes de guérilla urbaine et d’enlèvements, entre en action.

Depuis elle mène assez aisément des opérations de harcèlement contre les forces de l’ordre, les représentants de l’Etat ainsi que sur les populations (enlèvement et assassinats d'enseignants et d'élèves) pour obtenir ce que ses dirigeants exilés ou vivant en Europe et aux USA (diaspora) appellent «l’indépendance de l’Ambazonie». (Précisons qu’au Cameroun le mot « diaspora » a pratiquement le sens de « traîtres à la Nation ». Car ces Camerounais qui ont osé acquérir la double-nationalité et vivent à l’Etranger sont considérés depuis 1965 comme des opposants notoires, des concurrents politiques en puissance, donc des ennemis redoutables du Système en place. Une loi scélérate prise par le premier Chef d’Etat Ahmadou Ahidjo (contre les étudiants camerounais vivant en France à l'époque) barre la route à toute fonction dans la République et tout droit de vote à ces Camerounais binationaux. Cette Loi qui leur retire la nationalité camerounaise est évidemment bien commode, pour le Régime qui a succédé à Ahidjo et continue de sévir. Ainsi le Cameroun est l’un des ces pays ombrageux qui refuse toute double-nationalité à ses enfants exerçant à l’Etranger, et fait semblant de dédaigner les milliards d’euros ou de dollars transférés par cette diaspora honnie à leurs familles restées au pays, populations qui souvent sont au chômage et vivent dans la pauvreté. De nombreuses voix se sont élevées pour l’abolition de cette Loi inique qui écarte nombre de jeunes Camerounais partis chercher du travail à l’Extérieur et qui protège les heureux bénéficiaires du système opaque d’accès aux emplois dans la Haute Fonction publique, aux postes politiques et électifs de haut niveau et à la tête des grandes entreprises publiques sur lesquels l’Exécutif a la haute main. Les diasporas camerounaises anglophones notamment ne comprennent pas le maintien... de cet anachronisme discriminatoire contre les Fils et Filles du Cameroun par leur sang, vivant à l’Etranger et qui sont prêts à apporter leur expérience et leur bagage intellectuel au service du développement politique et économique du pays comme le font les diasporas sénégalaise, guinéenne, nigériane, marocaine ou malienne... en plus des milliards d’euros et de dollars versés pour faire vivre leurs familles peu fortunées, voire pauvres, vivant au pays. Il en va ainsi des Camerounais anglophones nombreux aux Etats-Unis et aujourd’hui à la tête de ce combat pour la libéralisation, l’assouplissement de la centralisation de l’Etat camerounais.

Le Président Paul BIYA a été plusieurs fois interpellé pour la suppression de cette Loi sur la mono-nationalité obligatoire, d’autant plus qu’un certain nombre de ministres et personnalités politiques camerounaises proches du Pouvoir et bien connues jouissent très discrètement de la double-nationalité franco-camerounaise ou américano-camerounaise tout en étant les premières à faire pression pour le maintien ferme de la mono-nationalité dont personne ne voit le moindre intérêt politique, patriotique ou économique. Autre anomalie discriminatoire, les femmes camerounaises épouses d’Etrangers, les footballeurs, les sportifs, etc, jouissent de la double-nationalité interdite aux hommes et autres citoyens de sang camerounais. Le Président de la République comme à son habitude semble ouvert à l’idée de lever cette Loi mais prend son temps...

Devant la crise anglophone qui se confirme chaque jour, Yaoundé n’entend pas céder à la guérilla et laisser monter en force cette ridicule tentative de « mini-Biafra » sur le sol camerounais, près du puissant voisin nigérian, exactement à la frontière de l’ex-Biafra de sinistre mémoire.

Tentative d’autant plus absurde que les populations locales n’ont jamais été consultées sur cette sécession abracadabrantesque qui veut les isoler de la Mère-Patrie. Ces populations souhaitent tout simplement une véritable décentralisation de la gouvernance, telle prévue dans la Constitution de 1996. Mais Paul BIYA est d’autant plus circonspect sur la décentralisation qu’à son accession qu pouvoir en 1982 suite à la démission surprise d’Ahmadou Ahidjo, il a dû faire face à deux tentatives mortifères de coups d’état successifs en 1983 et 1984, fomentés par des nostalgiques de l’ancien président, issus pour la plupart du Nord musulman, fief d’Ahidjo qui aurait en sous-main fomenté ces coups. Paul BIYA croit donc à une gouvernance centralisée pour enrayer toute idée de communautarisme ou de domination d’une ethnie plus ou moins puissante par sa démographie. Alors quand les populations demandent une participation effective et active à la gestion de leurs affaires locales, la chose passe mal à Yaoundé.

Alors c’est le mutisme ou l’exaspération quand les populations demandent une décentralisation réelle qui leur permet par exemple d’élire librement leurs Assemblées locales, leurs Gouverneurs de Région, leurs Maires des grandes villes (nommés jusque-là par l’Exécutif depuis Yaoundé sous le nom prédestiné de « Délégués du gouvernement »), le Gouvernement en fait un cassus belli.

Les gouverneurs de Régions sont aujourd’hui et en fait des Super-Préfets, des hauts-fonctionnaires nommés pour leur fidélité au seul Régime et jugés compétents par leur hiérarchie. Ils sont désignés directement par le Président de la République à Yaoundé. Donc responsables devant lui seul. Les gouverneurs actuels des deux Régions anglophones ainsi que les Préfets de cette zone sont tous francophones. Tout comme ces maires appelés  « Délégués du gouvernement », nommés par l’Exécutif et responsables devant lui seul.

Aujourd’hui, pour bien de Camerounais, le Régime pratique simplement la Déconcentration en lieu et place de la Décentralisation qu’ils attendent. Et qui figure bien dans la Constitution en vigueur depuis 1996. Particulièrement les Anglophones  (modérés) qui constituent la grande majorité des cinq millions d’habitants des deux régions anglophones.

Car la plupart de tous ces «missi dominici » nommés depuis Yaoundé, aussi compétents soient-ils, n’ont pas toujours la meilleure connaissance possible des intérêts et besoins des populations locales. Même si le souci d’intégration accélérée du Gouvernement semble tout à fait noble. Et il rétorque à juste titre que de nombreux Gouverneurs issus de la partie anglophone officient bien dans les huit Régions francophones. Exemple, le Gouverneur de la Région du Centre qui abrite la capitale Yaoundé est M. Naceri Paul Bea, originaire du Sud-Ouest anglophone... Mais peut-on faire le bonheur des gens contre leur volonté ?

Stopper ce qui s’apparente à une assimilation accélérée

Les intellectuels et cadres originaires des zones anglophones mais proches du Régime et membres de l’invasif et tentaculaire parti au pouvoir RDPC (avocats, enseignants, journalistes, ...) critiquent ouvertement ce qu’ils considèrent comme une « assimilation accélérée » vers une francophonie menée tambour battant à leur goût, avec, à l’appui, l’abandon progressif de la Commun Law pratiquée auparavant et des programmes scolaires anglophones.

Ils reprochent à l’Etat centralisé la désignation quasi-systématique d’enseignants francophones (qui parlent mal l’Anglais, pour la plupart) dans les établissements secondaires et supérieurs des régions anglophones. Habitués sous la période coloniale à l’Indirect Rule, les leaders de la contestation anglophone, minoritaires (en nombre) dans leurs Régions, disent subir le centralisme et l'intégration accélérée comme un diktat du Régime RDPC de Yaoundé.

Naturellement tous les Camerounais savent que la sécession n’est pas viable, n’est pas crédible aujourd’hui comme demain et que la fameuse « Ambazonie » serait un cauchemar pour les populations locales. On ne fait pas un Etat avec si peu de territoire 2,5 millions d’habitants en quittant sans une raison fondamentale un pays fort, l’Etat le plus puissant sur le plan économique et politique d’Afrique centrale qu’est le Cameroun peuplé de 28 millions d’habitants établis sur 441 000 km2. La RDC voisine (comme le Nigéria voisin) est aussi un bon exemple  : 2,5 millions de km carrés, 84 millions d'habitants et 26 Régions autonomes avec des gouverneurs élus par les populations locales comme aux Etats-Unis et des gouvernements provinciaux. Et cela marche très bien ! Pourquoi cela ne fonctionnerait pas au Cameroun ?

L’idée de sécession ne serait en fait qu’un repoussoir pour secouer Yaoundé en vue de négocier favorablement une certaine « autonomie » comme le souhaitent toutes les minorités linguistiques. Comme la Région Corse dans une République Française, Etat tout à fait unitaire. Comme la Région de Catalogne (Barcelone) en Espagne, etc.

Contrairement à la fameuse thèse d’une « Ambazonie » de pacotille indépendante, certains anglophones modérés réclament un statut au moins équivalent à celui du Québec dans un Canada fédéral. N’oublions pas que le Cameroun est membre du Commonwealth. Alors retour au fédéralisme abandonné en 1966 ?  Pourquoi pas !

Pas question, répondent immédiatement les faucons de Yaoundé. Jusqu’à quand ? Mais Paul Biya lui, se dit prêt à dialoguer, pas « négocier ». Et surtout pas avec ceux qui ont piétiné les lois de la République. C’est-à-dire ceux là même qui sèment la violence urbaine et la mort chez les civils, la Police et les militaires.

Alors si on ne négocie pas la paix avec ceux qui font la guerre, avec qui le Président de la République camerounaise veut-il dialoguer ?

En attendant, de nombreux médiateurs dont l’épiscopat catholique, toujours frondeur au Cameroun, ont proposé leurs services. Dans le pays profond, l’on pense aller au-delà d’une négociation cosmétique, à une grande réforme des institutions qui instaurerait une nouvelle formule d’autonomie, voire de de fédéralisme. Mais cela ne se fera pas dans la précipitation. Tel qu'on le connaît, le Président va tranquillement attendre la fin de son mandat actuel avant d’envisager la moindre réforme des institutions. 

Le Président a eu une réaction audacieuse le 03 mars 2017 en sortant un certain nombre des gens de la caste privilégiée qui s’est formée autour de lui et qui capte la fortune nationale et a coupé le Chef de l’Etat du peuple camerounais. Il s’agit de ces hiérarques qui sont ministres depuis 20 ou 30 ans, possèdent de nombreux hôtels Cinq Etoiles, villas et limousines germaniques et dont l’obsession était de barricader le Président Biya et le couper du Peuple. Demander une audience à la Présidence était hors de portée des citoyens qui ne pouvaient allonger quelques millions et le courriers des citoyens ne parvenaient pratiquement jamais au Chef de l’Etat. Les citoyens espèrent que bientôt ces pratiques prévaricatrices et une certaine administration compradore, c’est fini. Ainsi, c’est un Anglophone qui dirige désormais le Ministère de l’Administration Territoriale (ce qui signifie qu’un Anglophone a pris en mains l’administration mais pas la décentralisation. La Décentralisation est devenue un ministère à part entière, confié à un très proche. Idem pour l’Enseignement Secondaire qui a fait tant de mal aux deux Régions de l’Ouest en « marginalisant » le système éducatif et les enseignants anglophones. Plusieurs ministres parmi les plus décriés sont sortis du gouvernement.

 

Manifestation contre la "marginalisation" des régions anglophones, le 22 septembre à Bameda.

Face au président octogénaire qui ne veut évidemment pas perdre la face devant des jeunes mécontents fussent-ils anglophones, une situation politico-sécuritaire tendue s'est installée, avec à la fois la persistance des attaques des jihadistes de Boko Haram dans la zone nord du pays, frontalier du Nigeria, et de l'autre la grave détérioration de la situation de crise dans ces deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Le dialogue politique est quasi-inexistant, et la répression des autorités, les protestations séparatistes ont tourné à une guérilla certes de basse intensité. Yaoundé a déclaré la "guerre" aux sécessionnistes, qui de leur côté sont passés de "l'auto-défense" à un appel clair à la lutte armée.

En décembre 2017, l'évêque catholique de Douala, Mgr Samuel Kleda, président de la Conférence épiscopale, s'est prononcée en faveur d'une "transition pacifique". "Si le président Paul Biya aime ce pays, il devrait plutôt se retirer", a-t-il lâché lors d'une interview dans la presse locale qui n'est pas passé inaperçue.

Si l’unification politique a conféré au Cameroun une position internationale unique, au carrefour des héritages français, britannique et africain, le discours de l'Unification (forcée) a servi surtout à Ahmadou Ahodjo à masquer deux grandes marginalisations politiques et culturelles : celle de l’Union des Populations du Cameroun, parti revendicatif qui rassemblait la plupart des Nationalistes opposés au néo-colonialisme contre lequel l’état colonial et son successeur menaient une guerre sans merci ; et celle de l’ancien Cameroun méridional, qui ne représente qu’un cinquième de la surface et de la population du nouvel État unitaire né en 1972. Entre janvier 1954, date à laquelle le Cameroun Méridional cesse d’être entièrement subordonné au Nigeria, et octobre 1961, lorsqu’il devient partie intégrante d'un Cameroun fédéral, l’espace politique du Cameroun Méridional (anglophone) est l’objet de redéfinitions capitales, où les interprétations du fait colonial soulignent les complexités identitaires des fins d’empires.

Fin septembre-début octobre 2020 s'est tenu, à l'initiative du gouvernement, un Grand Dialogue national inclusif à Yaoundé pour trouver LA Solution à la crise, dialogue organisé par le Gouvernement. Le Premier Ministre Joseph Dion Nguté, anglophone, en était le maître d'ouvrage et le président  n'est pas venu en personne. Beaucoup de participants, issus pour la plupart des arcanes du Parti dominant RDPC au pouvoir. Le Président de la République avait clairement interdit de parler de "Fédéralisme". Un point, un trait. Alors ? Alors, des débats sans fin.

Mais dans le Rapport final il a juste été question de l'accélération de la Décentralisation qui devait être mise en route depuis la constitution de janvier 1996, révisée en 2008 uniquement pour supprimer le verrou limitant à deux le nombre de mandats autorisés pour le même Président) et d'un Statut Spécial (dont le contenu sera à préciser par le Président de la République) sur les deux Régions anglophones.

Les "sécessionnistes" anglophones, pour la plupart en prison à Yaoundé se disent "non concernés" par ce Grand Dialogue national, encore moins par ses conclusions...

 

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