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Mali : IBK dégagé du Palais présidentiel par la rue et une junte militaire. Une Transition de 18 mois est en place

A Bamako, la rue demandait depuis deux mois le départ du Président de la République Ibrahim Boubakar Keita, dit IBK, élu le 16 août 2018 pour un second mandat à la tête du Mali. Rien de moins. Et les contestataires ont bien tenu tête non seulement à la mission de bonne volonté dépêchée par la Cedeao, mais aussi au Sommet en vidéo-conférence des chefs d'Etats de cette organisation, réunis fin juillet sous la présidence du nigérien Mahamadou Issoufou. 

Le Président de la Transition malienne Bah Ndaw (à Dr.) et le Vice-Président A. Goïta, en uniforme.

Il faut préciser que la rue, conduite notamment par le charismatique Imam Mahmoud Dicko, était épaulée dans cette opération de "dégagisme" forcé, par une opposition active composée de partis politiques minoritaires mais très décidés à ne pas s'en laisser conter et à se débarrasser de celui qu'elle considérait comme un dictateur opportuniste. Encore une révolte populaire en Afrique pour chasser un chef d'Etat qui s'incruste. Cela confirme que cette méthode sera de plus en plus pratiquée, comme les manifestations qui ont poussé dehors le Président Ben Ali de Tunisie, Housni Moubarak d'Egypte après 26 ans de règne, en Algérie le Président Bouteflika devenu grabataire et au Soudan Omar El Béchir après 36 ans de dictature. Au sud du Sahara, c'est la seconde fois qu'un Président subit le dégagement forcé : le 30 octobre 2014 Blaise Compaoré au Burkina Faso dégage 23 ans après son arrivée au pouvoir.  Malgré les nombreuses offres de dialogue et propositions conciliantes du Chef de l'Etat, de son premier ministre Boubou Cissé et de son parti, le Rassemblement Pour le Mali (RPM), rien n'y fait.

Les manifestants considéraient que le pays vivait dans une situation sécuritaire lamentable depuis que IBK est au pouvoir, non seulement en raison des différends fréquents entre populations du Sud et les Nordistes de l'Azaouad (Peuhls, Songhais, Touaregs), mais surtout à cause du terrorisme larvé menée par des djihadistes avec lesquels par ailleurs le Président affirmait avoir pris contact depuis 2016. Et ceci malgré l'appui conséquent de l'armée française. Pour la population, il fallait céder la place à un dirigeant plus efficace et compétent que cet ancien Premier Ministre d'Alpha Oumar Konaré devenu Président en 2013.

Devant l'ampleur et la gravité des événements, la Cedeao (Communauté des états de l'Afrique de l'Ouest) avait dépêché plusieurs mission de bonne volonté  conduites par l'ancien Président du Nigéria Goodluck Jonathan, qui se sont heurtées à un refus catégorique du mouvement de contestation.  Jusqu'à ce jour du 18 août 2020 où les jeunes officiers, venu de la base militaire de Kati, situé à 15 km de Bamako ont décidé d'intervenir et d'arrêter tout. Ils renversent le président élu et mettent en détention un certain nombre de personnalités gouvernementales et parlementaires. C'est le quatrième coup d'état au Mali depuis l'Indépendance.

Après moult négociations entre les meneurs et les soutiens de la contestation et la junte militaire, ainsi qu'avec les émissaires de la Cedeao, on aboutira à la mise en place d'une Transition de 18 mois conduite par un Président désigné le 21 septembre en la personne de M. BAH NDAW, ancien militaire devenu civil, un Vice-Président militaire qui n'est autre que  le colonel Assimi Goïta. Ils prêtent serment le 25 septembre. Deux jours plus tard le Premier Ministre est désigné. Il s'agit de Moctar Ouane, ancien ministre. La formation du gouvernement de transition intervient quelques jours plus tard; un gouvernement recruté à la fois parmi les militaires (sur les portes-feuilles de souveraineté : Défense, Sécurité, ...) et les  personnes issues des mouvements contestataires qui avaient participé aux émeutes de rue notamment.

Le Mali est donc aujourd'hui sous la conduite d'un gouvernement de crise comprenant 25 ministres. Aucun membre du parti de l'ancien président n'en fait partie. Mais cette formation suit une certaine répartition ethnico-géographique. Les quatre militaires chargés des portefeuilles de souveraineté sont les colonels Sadio Camara (Défense et Anciens Combatants), Modibo Koné (Sécurité et Protection civile), Ismael Wagué (Réconciliation nationale) et le lieutenant-colonel Abdoulaye Maiga (Administration territoriale et Décentralisation). Parmi les autres ministres du nouveau gouvernement, on retiendra aux Affaires Etrangères Zeïni Moulaye, ancien ambassadeur, Mohamed Sidda Dicko à la Justice, Hamadoun Touré à la Communication, Harouna Niang à l'Industrie et au Commerce, Harouna Toureh au Travail et la Fonction publique, porte-parole du gouvernement. Mossa Ag AttaherAG, un indépendantiste issu du Mouvement de Libération de l’ Azawad, dirige le Ministère de la Jeunesse et des sports, tandis qu'  Alhouseini Sanou pilote le Ministère des Finances et de l'Economie. Le Ministère des Maliens de l’extérieur et de l’intégration Africaine revient à Alhamdou Ag Ilyene AG...

Mmes Fanta Siby (docteur en médecine) est nommée ministre de la Santé et Kadiatou Konaré est à la Culture, tandis que Bernadette Keita prend la tête du Département de l'Environnement et du Développement durable et Bintou Fouine Samake se retrouve à la Promotion de la Femme, et de la Famille. (Liste complète à venir).

C'est cette équipe gouvernementale restreinte qui est chargée en 18 mois de la "refondation de l’Etat (Mali), d’organiser les élections présidentielles crédibles, de combattre l’insécurité sur toute l’étendue du territoire national, de combattre la corruption et de transférer le pouvoir à un président démocratiquement élu".

 

Le pouvoir d'IBK n'a pas été sauvé par le ciel ni par les pairs ouest-africains...

Article rédigé avec la collaboration de Tidjane Diagne, correspondant d'Afrique-Horizon Mag à Dakar.

 

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Tag(s) : #Politique
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