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"De la Démocratie (raciste) en Amérique"

La Vie d’un Noir compte-t-elle pour le policier Blanc Derek Chauvin ?

La Police américaine est devenue une hydre, un monstre froid, fou, incontrôlable, que nul ne peut arrêter. Et il détruira jusqu’à ses propres créateurs. En attendant, elle décime les citoyens Noirs, par des "gestes techniques" d'étouffement et d'étranglement programmés. Parfois d'une balle de revolver dans le dos. La Justice américaine, sous Donald Trump, ferme les yeux. Ne veut pas voir. C'est que la vie d'un Noir, ça ne compte pas dans la "grande démocratie américaine". Un retour aux années de braise des Droits civiques en 1963-73 ?

En attendant, plus de 150 villes des Etats-Unis ont été à feu et à sang durant plusieurs semaines à partir 25 mai 2020. Elles ont fait l’objet d’émeutes violentes depuis l’exécution en direct ce jour-là d’un Noir de 46 ans, George Floyd, par quatre policiers Blancs à Minneapolis, dans l’Etat du Minnesota. (Minneapolis en langue Lakota (Sioux) … signifie précisément « Beaucoup de Policiers, plein de policiers comme de l’eau = Minia, eau et Polis = Police»).

La colère a monté... dans le monde entier, du Canada à la Russie, en passant par l'Autriche, la Hongrie, la Grande-Bretagne, la  Hollande, la Belgique, la France (où des cas de violences policière ont coûté la vie à de nombreux citoyens Noirs dont Adama Traoré il y 4 ans), etc. Cet assassinat exécuté avec des gestes dits "techniques" (que sont le pliage, le placage au sol et l’étouffement ou l'étranglement de la victime par un genou appuyé fortement sur le cou (la gorge), durant 8 minutes 46 par un policier du nom de Derek Chauvin (un nom prédestiné ?) a provoqué la colère et la révolte de la communauté Afro-américaine, mais aussi des citoyens Blancs et Noirs du monde entier qui estiment que cela suffit, cette hécatombe d’une minorité qui représente tout de même 15 % de la population. Surtout cela déshonore une fois de plus la grande démocratie et la civilisation américaines qu'on croyait, mais où persistent des inégalités d’un autre temps, réminiscenses de la période d'esclavage et de la Traite des Noirs six siècles après... Tocqueville se retournerait dans sa tombe !

Le Président Donald Trump qui a eu la peur de sa vie, malgré ses bravades habituelles, en voyant une marée humaine avancer avec détermination à moins de 150 mètres de la Maison Blanche à Washington et que l’on a dû exfiltrer dans une cave/abri blindée, a lâché 15 000 gardes fédéraux dans 25 des Etats de l'Union pour ramener le calme et il menaçait le 01 juin de faire appel à l’Armée américaine… contre les manifestants de plus en plus déterminés. Au moment où nous écrivions ces lignes le 08 juin, le calme était loin d’être revenu. Mais son Ministre des Forces armées lui avait répondu qu'il n'en est pas pas question. Trump la magnifique connaît-il vraiment la Loi ?

Les exécutions extra-judiciaires perpétrées fréquemment par des policiers Blancs à l’encontre de la minorité afro-Américaine sont devenues banales. « Quand mon fils  sort le matin pour aller travailler, j’ai la boule au ventre car je ne sais pas s’il reviendra le soir », dit une mère de famille noire dans la manifestation. "Pourtant c’est un garçon bien, que j’ai bien élevé ; mais ces fascistes Blancs tuent par peur ou pour se venger des Noirs qui ont obtenu les Droits civiques dans la non-violence avec le Pasteur Martin Luther King qu’ils ont aussi assassiné en 1965. Ils craignent de perdre la suprématie des Blancs, surtout depuis qu'un Noir, Barack Obama a accédé à la Maison Blanche".

La liste des citoyens Noirs innocents abattus ainsi ces dernières années (parfois par un tir à bout portant ou dans le dos sur des personnes non armées), sans procès, par de policiers Blancs lors de simples et nombreux contrôles d’identité (au faciès) ou d’interpellations toujours très musclées pour un petit larcin, est trop longue et ne semble pas pouvoir s’arrêter.

Les émeutes de Watts en 1965 à Los Angeles

L’une des plus célèbres affaires de ce type de meurtres date de 1965. Elle a donné lieu aux émeutes dites de Watts du 11 au 17 août 1965 dans un quartier majoritairement noir à Los Angeles, à la suite d'une altercation entre une famille afro-américaine et des policiers Blancs. Particulièrement violentes et marquées par le slogan burn, baby burn (brûle, bébé brûle), les émeutes entraînent l'intervention de l'Armée qui impose un couvre-feu. Alors que les violences restent confinées au quartier de Watts, où de nombreux bâtiments et véhicules sont incendiés, en majorité des commerces tenus par des personnes Blanches ainsi que des voitures de luxe, le chef de la police William H. Parker applique une politique d'arrestation de masse. Après six jours de violences, on comptera 34 morts, dont 23 civils tués par les Forces de l'Ordre. À ce bilan s'ajoutent 1 032 blessés déclarés et 3 438 arrestations. 977 bâtiments sont détruits ou endommagés. Les dommages matériels sont estimés à 40 millions de dollars de l’époque, soit près de 325 millions de dollars d'aujourd’hui, 2020). 

L'Affaire Michael Brown en 2014

Les poursuites sont toujours abandonnées contre les policiers blancs criminels responsables de la mort de Noirs: en 2014, il y a eu l’affaire Michael Brown à Ferguson (Missouri, dans le Deep South profondément raciste) et Eric Gardner à New-York, entraînant indignation et manifestations.

Le 9 août 2014, Michael Brown, 18 ans, aurait volé une boîte de cigarettes dans une épicerie. Il se trouve dans la rue avec son ami Dorian Johnson, lorsque le policier Blanc Darren Wilson, 28 ans, leur demande de monter sur le trottoir et de ne pas marcher au milieu de la route. Les deux jeunes l'ignorent. Ce qui vexe profondément le flic et provoque chez lui une colère homérique. Il dégaine et tire : Michael Brown meurt sous les balles du policier Wilson qui l'ont atteint six fois, à la tête et au buste (l'autopsie conclura qu’une seule lui a été fatale). Très imaginatif, le policier comme tous les lâches de son espèce prétendra qu’il avait fait le lien entre la description qu'il a reçue sur sa fréquence radio des voleurs de cigarillos et les deux garçons. La police officielle affirmera par corporatisme que le jeune Brown en est venu aux mains avec l'officier et a tenté de lui dérober son arme, ce que l’autopsie démentira totalement (aucune trace de lutte n'ayant été découverte). Les témoins rapportent au contraire qu'après avoir tenté de fuir, Brown aurait mis les mains en l'air. Aucune arme n'a été découverte sur lui. Mais la scène n’a pas été filmée. Et les flics gagnent toujours quand il n' y a pas de preuves filmées.

Diplômé du lycée neuf jours avant sa mort, le jeune homme s’apprêtait à suivre une formation de chauffagiste.

En réaction, la veillée pacifique du deuil le 10 août tourne à l’émeute. Pendant plusieurs jours, les manifestants font face à 500 policiers, qui tirent des gaz lacrymogènes. Plusieurs personnes sont arrêtées ou blessées. Des pillages ont lieu, l’état d’urgence est décrété le 16 août par le Gouverneur Jay Nixon et la Garde nationale est déployée. Le dossier sera classé sans suite et le policier ne sera pas inquiété.

Eric Gardner à New York en 2014 : “ I can’t breathe”

L'homme était père de six enfants qu’il fallait bien nourrir. Mais il était sans emploi. Alors pour vivre il se livrait à un petit trafic de cigarettes.  Du moins la Police le soupçonnait car il vendait des cigarettes à la sauvette.

Agé de 43 ans Eric Gardner était en surpoids. Ce 17 juillet 2014 il est abordé par cinq policiers, de solides gaillards qui décident de l’interpeller. L’homme tente de résister. Mais Gardner souffre de l’asthme. Les flics tentent de le menotter, font preuve d’une violence extrême. Eric Gardner qui n’est pas armé décèdera au bout de quelques minutes. Mais, heureusement quelqu’un avait filmé la scène. Dans la vidéo, on entend Gardner répéter, à de nombreuses reprises «  I can’t breathe, je ne peux pas respirer… »  Les images de l'interpellation seront visionnées à travers le monde. Malgré les émeutes que cette mort avait suscitées, le policier Daniel Pantaleo, soupçonné de l’avoir étouffé volontairement,  avait gardé son emploi, mais était cantonné à des tâches administratives. Il avait été récemment suspendu dans l'attente de la décision de M. O'Neill, cinq ans après les faits…

L'étranglement de George Floyd en direct le 25 mai 2020

Le policier meurtrier de George Floyd, s'appelle Derek Chauvin. On le voit ici à droite.., sûr de lui et sans peur, exécuter de sang froid avec son genou fortement appuyé sur le cou de la victime qu'il étouffe durant huit longues minutes et 46 secondes en regardant ses trois collègues , devant quelques témoins.

La relaxe, ce n'est pas, Dieu merci, le cas du policier Derek Chauvin impliqué dans la mort de l'Afro-Américain George Floyd le 25 mai. Il a été licencié et incarcéré. Et son lourd passé truffé de pulsions de violence a refait surface. Sa vidéo a fait le tour du monde. On y voit George Floyd, l’Afro-Américain de 46 ans interpellé violemment pour un délit mineur avant que les policiers le plaquent à terre, Aussitôt l'un d'eux vient appuyer fortement son genou sur le cou de l'homme au sol. Cela dure un bon bout de temps : 8 minutes, dix ... ? George Floyd se plaint et supplie : « I can't breathe... Je ne peux plus respirer », entend-on distinctement sussurer ce père de deux enfants. Comme Eric Gardner en juillet 2014.

Le policier qui exécute la basse besogne, est un costaud réputé. Il s'appelle Derek Chauvin (un nom prédestiné), âgé de 44 ans. Il sera licencié le lendemain 26 mai, ainsi que les trois autres agents impliqués dans le drame. Il a été inculpé le 29 mai de meurtre sans préméditation et d’acte cruel et dangereux ayant entraîné la mort.

18 plaintes pour violences en 19 ans de carrière

Après ce drame, le passé du policier a rapidement refait surface. En 19 années de service à Minneapolis, Derek Chauvin a fait l’objet de… 18 plaintes. Seules deux ont abouti... à une lettre de réprimande. Dans trois fusillades Chauvin est été impliqué : en 2006, lui et cinq de ses collègues abattent un quadragénaire; en 2008, il blesse par balles un suspect lors d’une intervention pour violence domestique; en 2011, une patrouille, dont il  fait partie blesse un jeune homme Noir lors d’une course-poursuite.

D’après l’agence Associated Press, Derek Chauvin et sa victime George Floyd ont travaillé au même endroit, dans un night-club de Minneapolis. Chauvin y a assuré la sécurité pendant 17 ans en parallèle de son emploi dans la police. Il est alors décrit par l’ancienne propriétaire comme très "agressif" vis à vis de la clientèle noire. George Floyd, quant à lui, a exercé dans l’établissement comme videur lors d’une douzaine de soirées en 2019. Les deux hommes se sont-ils alors croisés. Ont-ils eu un conflit ?

 

Jusqu’à 35 ans de prison

Face au scandale, la femme de Derek Chauvin a demandé le divorce, ont rapporté les médias américains. Elle a également tenu à apporter son soutien à la famille de la victime.

Derek Chauvin est actuellement incarcéré dans une prison du Minnesota et fait l’objet d’une surveillance renforcée. Il encourt jusqu’à 35 ans d’emprisonnement.

Ce policier Blanc de 44 ans représente aujourd’hui le visage tant dénoncé de la violence et du racisme dans la Police américaine. Son arrestation n'a pas suffi à étancher la colère des manifestants, d'autant que les chefs d'accusation retenus ont d’abord désigné la mort de George Floyd comme une conséquence involontaire de son acte, avant de changer de version trois jours plus tard. Les policiers sont informés du fait que restreindre les mouvements d'une personne dans ce type de position est « intrinsèquement dangereux ». Mardi 1er juin, le chef de la police de Minneapolis a annoncé le licenciement des quatre policiers. Les autorités locales et fédérales ont ouvert des enquêtes.

Si Derek Chauvin ne s'est pas exprimé depuis le début de l'affaire, son épouse a décidé de divorcer et a exprimé son soutien à la famille de George Floyd. Celle-ci attendait une inculpation pour meurtre au premier degré », c'est-à-dire un homicide volontaire avec préméditation.

En attendant, le 07 juin, la Présidente du Conseil municipal de Minneapolis, Mme Lisa Bender a décidé le démantèlement total de la Police locale. Ses crédits seront utilisés pour des causes sociales. Selon elle," le Conseil a conclu que la Police de la ville n'était pas réformable et que nous allons mettre fin au système de maintien de l'ordre actuel. Nous sommes engagés à démanteler les Services de Police tels que nous les connaissons dans notre ville de Minneapolis et à reconstruire avec notre population un nouveau modèle de sécurité publique qui assure vraiment la sûreté de notre population", a-t-elle conclu. Cette police sera remplacée par un organisme à mettre en place avec toute la communauté des citoyens.

Un Maire de Boston démantela et licencia toute la Police locale en 1919, il s'appelait John Calvin Coolidge   Junior. Il deviendra Président des Etats-Unis en 1923. Un exemple à suivre  ?

Le  Washington Post a comptabilisé 2 945 morts, tués par la Police depuis 2015, soit chaque année deux fois plus que les statistiques officielles ne l'affirment. Les victimes afro-américaines, non armées, ont représenté 36 personnes 2015, puis 17 personnes en 2016 et 19 en 2017. Combien en 2020 ?

Black Lives matter

 

Cet article a été rédigé par Noël NGABISSIO, Journaliste Directeur de la Rédaction Afrique Horizon Mag

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